Publié dans le magazine Books n° 12, mars-avril 2010. Par Sandrine Tolotti.
Pour l’anthropologue américain, la crispation du débat public français sur l’islam, dont témoigne le projet de loi sur la burqa, est à mille lieues des réalités quotidiennes de la population musulmane. Désireuse de respecter les normes islamiques dans un environnement laïc, elle bricole en permanence des justifications, des règles et des manières de faire propres à la France. Avec un sens consommé du compromis.
Au moment où le port de la burqa est au cœur du débat politique français, vous publiez un livre qui souligne l’attitude pragmatique, au quotidien, de la majorité des musulmans. Pouvez-vous préciser les ressorts de cette attitude ?
Mon livre ne s’intéresse pas aux musulmans laïcs, comme l’intellectuel Malek Chebel, qui revendiquent un islam privé, plus spirituel et philosophique que véritablement religieux ; ni aux musulmans séparatistes, qui souhaitent vivre en France mais à l’écart de la société, quand ils ne rêvent pas d’y fonder une république islamique, à l’instar des mouvements salafistes. Car ces deux courants sont extrêmement minoritaires. Je m’intéresse à l’entre-deux, un groupe qui représente l’immense majorité de la population musulmane et des acteurs publics de France, qu’il s’agisse des responsables des principales organisations, des mosquées ou des établissements d’enseignement islamiques. Tous tiennent un discours pragmatique, qui appelle à la convergence de l’islam et de la société française, et fabriquent au quotidien ce que les Québécois appellent des « accommodements raisonnables » entre normes françaises et normes islamiques.
Les musulmans...