Publié dans le magazine Books n° 17, novembre 2010. Par Delphine Veaudor.
À la veille des élections, nous avons demandé
au romancier Lyonel Trouillot de commenter
ces clichés saisissants de Leah Gordon. Ils explorent
un temps fort de la vie d’Haïti, le carnaval. L’occasion
pour l’écrivain d’évoquer l’extrême défiance
de la société envers les élites du pays.
Lyonel Trouillot est l'un des grands noms de la littérature haïtienne actuelle. Ecrivain engagé, il porte un regard décapant sur les institutions et les élites de son pays. Ses romans sont publiés chez Acte Sud.
Le carnaval est-il un temps fort de la contestation en Haïti ?
Je nourris à ce sujet des sentiments contradictoires. Le carnaval a été et reste dans une certaine mesure un moment de dérision, durant lequel on moque
l’organisation de la société. Dans le livre de Leah Gordon, on voit ces gamins masqués et portant chapeaux, qui imitent un tribunal : le juge, le greffier, les avocats (dont l’un est d’ailleurs désigné de façon très intéressante par l’expression « maître coquin »)… C’est tout le mensonge du système judiciaire haïtien qui est ici représenté. Comme si la société disait aux dirigeants : « On
vous a à l’œil, on vous a vus. » C’est cette dimension de parodie qui me paraît la plus intéressante, bien davantage que les déguisements qui vont rechercher dans le passé des figures...