Victoria, la meilleure agence matrimoniale d’Europe
Publié le 18 mai 2018. Par La rédaction de Books.

Sa majesté la reine Victoria et les membres de la famille royale, M.W. Ridley, 1877
Le mariage princier britannique de ce week-end n’a rien de politique. Les représentants de grandes nations alliées n’ont pas été invités et les perspectives de règne des époux sont quasi nulles. La reine Victoria, ancêtre directe du prince Harry, ne l’entendait pas de cette oreille. Surnommée « la grand-mère » de l’Europe, elle mit, grâce à tout un ensemble de mariages, sept de ses petits-enfants sur des trônes européens : Guillaume II en Prusse, Sophie en Grèce, George V au Royaume-Uni, Maud en Norvège, Alix en Russie, Marie en Roumanie et Victoria Eugénie en Espagne. Dans Queen Victoria’s Matchmaking, l’historienne Deborah Cadbury explique que Victoria considérait les unions de ses neuf enfants et quarante-deux petits enfants comme un moyen de diffuser ses idées politiques.
L’ambition de la reine et de son époux était de trouver une solution aux divisions du continent après les guerres napoléoniennes et le militarisme de la Prusse. La reine décida ainsi de marier sa fille ainée Victoria au prince de Prusse Frédéric. Elle espérait que le couple transforme l’Allemagne en une démocratie libérale. Elle maria d’ailleurs, toujours dans le but d’angliciser ce grand pouvoir européen, cinq autres de ses enfants à des nobles allemands. Mais si l’union de la princesse royale Victoria sembla d’abord un succès, Frédéric mourut 99 jours seulement après son accession au trône. Son fils et héritier Guillaume II ne partageait pas les idées de ses parents et grands-parents.
Les plans matrimoniaux de Victoria furent également mis en échec par Alix de Hesse, une de ses petites-filles préférées. Elle souhaitait l’unir, à un autre de ses favoris, le prince Albert Victor (second dans l’ordre de succession au trône britannique). Mais la jeune femme ne jurait que par Nicolas, héritier de l’empire de Russie. Sa grand-mère, qui désapprouvait l’autocratie russe, ne parvint pas à la faire céder. Après l’abdication de Nicolas II en 1917, Alix et lui cherchèrent refuge auprès de leur (autre) cousin britannique George V. Celui-ci refusa, craignant pour la sécurité de son propre trône et mettant ainsi un coup final au projet pan-européen de sa grand-mère.
A lire dans Books : Bertie le Français, janvier/février 2018.