Psychédéliques : l’inversion d’un consensus
Publié en juin 2024. Par Books.
Cinq livres au moins sont parus ces derniers temps dans le monde anglosaxon pour relater le retour en grâce des « psychédéliques », ou drogues hallucinogènes. Dans The New York Review of Books, Mike Jay, l’auteur d’un de ces livres (Psychonauts: Drugs and the Making of the Modern Mind), en évoque deux autres, celui de la journaliste Rachel Nuwer (I Feel Love) et celui du pharmacologue Torsten Passie, The History of MDMA (« Histoire de l’ecstasy »). Dans le Times Literary Supplement, l’écrivain et universitaire Charles Foster rend compte aussi de I Feel Love, de celui de Mike Jay et encore de deux autres, Ten Trips: The New Reality of Psychedelics (« Dix trips ») par le neuropsychologue Andy Mitchell et Psychedelics: The Revolutionary Drugs That Could Change Your Life, par le neuropsychopharmacologue David Nutt, célèbre outre-Manche.
Ces cinq livres décrivent la remarquable inversion du consensus médical dont les psychédéliques ont fait l’objet ces dix dernières années : « un revirement à 180° par rapport au consensus de la fin du XXe siècle », écrit Mike Jay. L’ecstasy, en particulier, avait été criminalisé aux États-Unis en 1985. Encore en 2002, des chercheurs de l’université Johns-Hopkins annonçaient une « bombe à retardement », des dizaines de milliers d’usagers devant se retrouver aux prises avec une maladie de Parkinson incurable. De nouvelles recherches, dont certaines menées dans cette même université, aboutissent à une conclusion inverse : l’ecstasy est devenu un candidat sérieux pour traiter la maladie de Parkinson ! En 2017, la FDA américaine (Food and Drug Administration) a autorisé l’engagement d’une procédure accélérée d’essais cliniques, et lors d’un colloque très médiatisé en juin 2023, Rick Doblin, président de l’Association pour les études psychédéliques (MAPS), a annoncé l’autorisation de l’ecstasy en psychothérapie pour cette année 2024. La « drogue » est notamment considérée comme efficace pour le traitement du trouble de stress post-traumatique (PTSD). Mais ses promoteurs ont de plus grandes ambitions. Pour Doblin, l’usage généralisé de l’ecstasy annonce une « humanité spiritualisée » délivrée de ses conflits et un « trauma net zéro pour 2070 ».