Des équations sous la table

« C’est l’Angleterre qui a toujours produit les meilleurs physiciens », dit Einstein à l’une de ses élèves berlinoises en 1925, lui conseillant d’aller étudier à Cambridge. « Rien d’étonnant qu’il ait accepté en mai 1931 l’invitation de se rendre à Oxford pour y faire des conférences », écrit Andrew Robinson, qui relate les trois séjours effectués par le théoricien de la relativité (le second en 1932 et le dernier en 1933, alors réfugié du régime nazi). En 1931, Einstein parlait à peine l’anglais et fit ses conférences en allemand, devant un public des deux sexes, fasciné mais dont une infime fraction y entendait quoi que ce soit. Pour tenter de mieux se faire comprendre, il écrivait à la craie sur un tableau noir, dont deux furent subtilisés par le directeur du Musée d’histoire des sciences fondé quelques années plus tôt. Cela embarrassa beaucoup le génial physicien, car sur l’un d’eux, qui résumait sa cosmologie, il avait commis plusieurs erreurs d’arithmétique. Il n’y avait pas à Oxford de physicien de son niveau, ce qui le chagrina. Il dut subir les ronflements du dean du collège de Christ Church, assis au premier rang d’une de ses conférences, qui l’hébergeait, ainsi qu’un discours tenu intégralement en latin. Il se moque dans son journal du caractère cérémonial de la vie à Christ Church. Lors d’un dîner en frac, son voisin de table constata qu’à l’abri de la nappe épaisse il tenait sur ses genoux des feuilles de papier que son crayon couvrait d’équations.

LE LIVRE
LE LIVRE

Einstein in Oxford de Andrew Robinson, Bodleian Library, 2024

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