Colonoscopie de la planète
Publié en avril 2025. Par Books.
Quand nous jetons nos déchets soigneusement sélectionnés dans les poubelles prévues à cet effet, nous satisfaisons à bon compte notre ego vert. La moitié seulement du plastique jeté au sein de l’Union européenne est recyclée à l’intérieur de ses frontières, relève The Economist. Le reste est envoyé dans des conditions douteuses vers des pays pauvres. Des journalistes de l’agence Bloomberg ont attaché un traceur numérique à un sac en plastique fourni à ses clients par un supermarché Tesco à Londres. Soigneusement mis dans une poubelle à recycler, le sac voyage en camion jusqu’au port de Harwich, puis en bateau jusqu’à Rotterdam, puis en camion vers la Pologne, pour échouer finalement sur une colline de déchets à ciel ouvert dans le sud de la Turquie. Des conventions ont été signées, mais les mailles du filet son larges. En rendant compte avec un certain pathos du livre du journaliste Alexander Clapp, basé à Athènes, son collègue du mensuel américain The Atlantic parle de « colonoscopie du monde » : une analyse fouillée, c’est le cas de le dire, de la façon dont une bonne partie des déchets des pays riches se retrouvent non traités dans des pays-poubelles qui en tirent un maigre profit. Certains de ces derniers ont fini par réagir. La Chine cesse depuis 2017 de recevoir notre plastique, la Thaïlande et l’Indonésie depuis cette année. Mais cela ne fait que détourner le trafic. Des solutions ? Alexander Clapp, qui a la fibre anticapitaliste, énumère quelques mesures que The Economist considère comme autant de vœux pieux. Vu l’offensive menée par Donald Trump contre les réglementations environnementales, il n’y a en tout cas rien à attendre des États-Unis.