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Non classé Archives - Page 41 sur 818 - Books

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Lémergence des lettres estoniennes est relativement récente. Elle remonte au réveil identitaire du XIXe siècle et se nourrit du folklore finno-ougrien. Aujourd’hui encore, cette jeune littérature, qui a connu un nouveau souffle depuis la restauration de l’indépendance en 1991, se fait l’écho d’une histoire troublée, marquée par les dominations étrangères à répétition. À partir de la christianisation de la région par les chevaliers Porte-Glaive allemands au XIIIe siècle, la petite nation estonienne a été soumise successivement aux puissances livonienne, danoise, germano-balte, tsariste, nazie et soviétique.

Témoin de l’engouement des Estoniens pour leur histoire, la « Chronique de la province de Livonie », écrite au XVIe siècle par Balthasar Russow, pasteur de l’église du Saint-Esprit à Tallinn : elle se hisse en deuxième position de la liste des meilleures ventes du principal réseau de librairies, Rahva Raamat. Ce texte fondateur a façonné la compréhension de la zone baltique durant des siècles. Il ne s’agit pas seulement d’un compte rendu sur la guerre de Livonie vue à travers les yeux d’un témoin direct des événements. C’est aussi l’une des rares sources évoquant les croyances préchrétiennes. Pays le plus tard christianisé et le moins croyant d’Europe, l’Estonie garde un attachement viscéral à la nature et aux pratiques néopaïennes.

En cinquième position du palmarès, Andrus Kivirähk est sans nul doute l’auteur estonien le plus emblématique (et le plus apprécié à l’international) : son livre L’Homme qui savait la langue des serpents (Le Tripode, 2013) a rencontré un beau succès en France. Jouant finement avec l’histoire et le folklore au moyen d’un humour grinçant, il s’efforce d’atteindre l’universel à travers le particulier. D’un genre hybride, son dernier livre, « Voyage sur la Lune », embarque le lecteur dans un périple plus métaphorique que réel, à travers un univers fantasque peuplé de personnages étranges mais d’autant plus humains. L’auteur fait s’attabler un cosmonaute dans un café : un être extraordinaire dans un lieu ordinaire, où le voyage qui se joue est avant tout intérieur.

Cette introspection, ancrée dans un folklore vivant, se retrouve chez Kristiina Ehin, poétesse et folkloriste très appréciée, dont le dernier recueil nous invite, au milieu des pandémies et des guerres, à rechercher la paix de l’esprit sur les rives de l’Ajajõgi (« le fleuve du temps »). Sa poésie fait d’ailleurs écho au chef-d’œuvre posthume de Fernando Pessoa, Le Livre de l’intranquillité, un kaléidoscope des paysages intérieurs de l’auteur et un voyage métaphysique au sein même de la réalité. 

— Audrey Vermillard

[post_title] => À la recherche du folklore perdu [post_excerpt] => [post_status] => publish [comment_status] => open [ping_status] => open [post_password] => [post_name] => a-la-recherche-du-folklore-perdu [to_ping] => [pinged] => [post_modified] => 2022-12-22 08:50:15 [post_modified_gmt] => 2022-12-22 08:50:15 [post_content_filtered] => [post_parent] => 0 [guid] => https://www.books.fr/?p=126019 [menu_order] => 0 [post_type] => post [post_mime_type] => [comment_count] => 0 [filter] => raw )
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Les écrivains ont souvent voué une dévotion proche du fétichisme à leurs instruments. Voyez le calame, roseau taillé pour l’écriture, pressé dans l’argile au temps des cunéiformes puis trempé dans l’encre aux époques ultérieures : il a droit à une sourate dans le Coran et, quelques siècles plus tard, aux éloges d’Érasme. La plume métallique, elle, séduit tant Victor Hugo qu’il collectionne toutes les siennes, avec mention de l’œuvre qu’elles ont transcrite (mais Goethe juge son utilisation impropre à la poésie, à cause du désagréable bruit qu’elle produit). Le léger, le solide, le commode petit crayon est l’outil favori des auteurs qui marchent ou voyagent, bien qu’il ne soit pas très fiable : Rousseau, qui l’utilise pour consigner ses rêveries (sur des cartes à jouer) lors de ses promenades (solitaires), doit repasser ses notes à l’encre en rentrant. Quand à la fin du XIXe siècle arrive le stylo (à plume d’abord, puis à bille avant de se transformer en feutre), on lui trouve tous les avantages – portabilité, rapidité, fluidité, variété des couleurs – plus un : la sensualité du tracé. La machine à écrire (moins sensuelle mais moins fatigante et bien plus rapide) enfièvre bientôt toute la littérature, depuis Nietzsche (qui avait la vue basse) jusqu’à Henry James (qui aimait le cliquetis de l’engin) ou Gide. Dans sa version portative, elle devient l’emblème des écrivains-routards de la Beat Generation. Le zénith technique, c’est sans doute l’ordinateur avec traitement de texte qui l’incarne. Imaginez Proust avec. La Recherche aurait tutoyé les 10 000 pages.

Mais la main va-t-elle longtemps garder la main ? Avec l’efficacité croissante des systèmes de dictée vocale, verra-t-on la remontée en puissance du larynx ? Jadis, l’essentiel de la littérature était en effet dicté, les auteurs se reposant, s’ils le pouvaient, sur un amanuensis ou un secrétaire – esclave, bénévole ou (faiblement) salarié. L’Histoire n’a guère retenu les noms de ces humbles, sauf une poignée : la fille du poète aveugle Milton ou encore Jean-Louis Wagnière, victime du dicteur-dictateur Voltaire, qui lui inflige des journées de dix-huit heures (Montesquieu ne doit pas être plus compréhensif : dans sa carrière, il aura consommé trente secrétaires). Sans oublier la sensible et dévouée Anna Grigorievna, qui pleure à chaudes larmes sur ce que Dostoïevski lui dicte. Heureusement, la dictée d’aujourd’hui s’est démocratisée – et humanisée – avec l’électronique. Et d’autres évolutions se dessinent. Le texte peut déjà passer directement du larynx de l’écrivain (qui n’écrit plus) à l’oreille du lecteur (qui ne lit plus mais écoute des romans sur smartphone). Un jour lointain, si le projet Neuralink d’Elon Musk tient ses promesses, le texte pourrait même circuler directement par ondes cérébrales ! La littérature, qui ne cherche après tout qu’à faire passer une pensée ou une émotion d’une cervelle à une autre, aurait alors atteint son point ultime. 

[post_title] => De la main au larynx [post_excerpt] => [post_status] => publish [comment_status] => open [ping_status] => open [post_password] => [post_name] => de-la-main-au-larynx [to_ping] => [pinged] => [post_modified] => 2022-12-22 08:50:09 [post_modified_gmt] => 2022-12-22 08:50:09 [post_content_filtered] => [post_parent] => 0 [guid] => https://www.books.fr/?p=126085 [menu_order] => 0 [post_type] => post [post_mime_type] => [comment_count] => 0 [filter] => raw )
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Fidèle à sa devise (« Du bon usage de l’esprit critique »), Books présente dans ce dossier la quasi-totalité des arguments avancés sur la question ô combien délicate de la restitution à leur pays d’origine des œuvres d’art pillées ou acquises par les puissances coloniales. Au fil de votre lecture, vous trouverez de quoi alimenter une autre devise, chère au dessinateur Sempé : « Rien n’est simple. » Le premier article raconte le pillage en 1897 des « bronzes du Bénin », dans l’actuel Nigeria, par les troupes britanniques. Il est signé d’un écrivain nigérian qui, surprise, ne se dit guère favorable à leur restitution. Après avoir donné à lire le très beau texte rédigé en 1978 par l’ancien directeur général de l’Unesco, le Sénégalais Amadou-Mahtar M’Bow, nous passons à l’examen du rapport qui a servi de base à Emmanuel Macron pour amorcer la restitution d’œuvres au Bénin, ex-colonie française du Dahomey. Des signes de rétropédalage se font jour, cependant, et l’article en page 30 montre comment un mouvement de grand enthousiasme en faveur de la restitution, entre les années 1960 et les années 1980, a été stoppé net par une savante coalition de conservateurs de musées européens. Et, à vrai dire, l’état de délabrement de nombreux musées africains laisse songeur, explique un spécialiste de la conservation. Le dossier s’achève par un reportage réalisé au Nigeria par un journaliste canadien ; il soulève des questions dérangeantes. Nous abordons aussi des sujets connexes, comme le pillage de chefs-d’œuvre italiens par Bonaparte, la revendication par le Mexique de la coiffe de Moctezuma ou encore le rapt de l’or des Scythes par l’armée russe en Ukraine. — Books

Dans ce dossier :

[post_title] => Faut-il restituer l’art africain ? [post_excerpt] => [post_status] => publish [comment_status] => open [ping_status] => open [post_password] => [post_name] => faut-il-restituer-lart-africain%e2%80%89 [to_ping] => [pinged] => [post_modified] => 2022-12-22 12:16:19 [post_modified_gmt] => 2022-12-22 12:16:19 [post_content_filtered] => [post_parent] => 0 [guid] => https://www.books.fr/?p=125872 [menu_order] => 0 [post_type] => post [post_mime_type] => [comment_count] => 0 [filter] => raw )
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« Certaines personnes mènent une existence si trépidante qu’elles donnent l’impression que, pour arriver à tout concilier, elles rémunèrent quelqu’un d’autre pour dormir à leur place. » C’est en ces termes que l’hebdomadaire britannique The Economist présente Siddhartha Mukherjee, chercheur et cancérologue au CHU de l’université Columbia et auteur star d’ouvrages de vulgarisation scientifique. L’Empereur de toutes les maladies. Une biographie du cancer (Flammarion, 2013) lui a valu le prestigieux prix Pulitzer et a été traduit en 40 langues. Son quatrième livre, paru fin octobre, The Song of the Cell, une plongée dans le monde de la biologie cellulaire, s’est immédiatement retrouvé sur la liste des meilleures ventes du New York Times. Le protagoniste de cette somme de 500 pages « n’est pas tant la cellule elle-même que les connaissances que nous en avons », précise le quotidien new-yorkais.

En guide passionné, Siddhartha Mukherjee « nous emmène au XVIIe siècle, lorsqu’un marchand de tissus hollandais du nom d’Antoni Van Leeuwenhoek braque un microscope simple (qu’il utilisait pour examiner des fibres textiles) sur une goutte d’eau, fasciné par les organismes frétillants qu’il appellera “animalcules” [en fait, les bactéries et les protozoaires] », poursuit le journal. Moins de dix ans auparavant, en 1665, Robert Hooke, un polymathe anglais, avait réalisé la première description d’une cellule biologique en observant de fines lamelles de liège (il s’agissait en réalité de cellules vidées de leur contenu). Il avait nommé ces petites cases du mot latin cellula, en raison de leur ressemblance avec les cellules de moines. C’est au XIXe siècle que les scientifiques découvrent progressivement ce qui se passe à l’intérieur des cellules. Dans les années 1830, le botaniste Matthias Schleiden et le zoologiste Theodor Schwann formulent les bases de la théorie cellulaire : tous les êtres vivants sont formés d’un ensemble d’unités de construction de même type, les cellules.

Mukherjee « est particulièrement doué pour dénicher les héros oubliés », relève The Economist. « Qui se souvient de George Emil Palade, qui a pratiquement inventé la biologie cellulaire moderne en ouvrant les cellules et en les centrifugeant pour en séparer les composants ? Ou de Walther Flemming, qui a découvert la mitose, ce ballet chromosomique qui crée deux noyaux à partir d’un seul pendant la division cellulaire ? Ou encore de Karl Landsteiner, dont la détermination des groupes sanguins a jeté les bases de la transfusion sanguine ? Pourtant, ils ont été, en leur temps, les Monet, lesTurner et les Picasso de leur domaine. »

Utilisant la métaphore d’un astronaute s’approchant d’un vaisseau spatial inconnu, l’auteur passe de l’anatomie de la cellule et de la division cellulaire à la formation d’organismes complexes à partir d’une cellule. « Le rythme du voyage s’accélère », note The Wall Street Journal, au point, ajoute-t-il, que, « en dépit de l’éloquence du narrateur, la quantité d’informations et leur complexité peuvent paraître écrasantes ». Le récit trouve un rythme de croisière lorsque Siddhartha Mukherjee aborde ses sujets de prédilection, les cellules sanguines.

La biologie cellulaire, dont nous sommes encore loin de comprendre tous les mécanismes, a des applications incroyablement vastes : de la thérapie immunitaire pour les patients atteints d’un cancer à la fécondation in vitro en passant par la compréhension de la pandémie de Covid-19. Elle est « au cœur des mystères médicaux », souligne Mukherjee. Le scientifique passe au crible les thérapies cellulaires existantes et celles à venir – qui semblent si futuristes qu’elles suscitent « un vertige moral ».

Comme ses livres précédents, The Song of the Cell est un ouvrage très personnel, dans lequel l’auteur, né à New Delhi en 1970, évoque les cas de patients ou d’amis emportés par la maladie, son histoire familiale, sa dépression après le décès de son père, en 2018. Mukherjee conserve des attaches avec l’Inde, où il a cofondé Immuneel Therapeutics, un laboratoire qui œuvre à la mise au point d’un traitement contre le cancer plus abordable, détaille l’hebdomadaire indien The Week

Bien que le livre puisse sembler « tentaculaire », telle une ville qui se développe de façon chaotique, selon The New York Times, « certains passages sont si beaux qu’on se laisse emporter par leur musique ». Cette musicalité affichée jusque dans le titre n’est pas le fruit du hasard. Formé dès l’âge de 5 ans à la musique classique indienne, Siddhartha Mukherjee continue à répéter quotidiennement et même à se produire en petit comité. 

[post_title] => L’homme qui faisait chanter les cellules [post_excerpt] => [post_status] => publish [comment_status] => open [ping_status] => open [post_password] => [post_name] => lhomme-qui-faisait-chanter-les-cellules [to_ping] => [pinged] => [post_modified] => 2022-12-22 08:49:56 [post_modified_gmt] => 2022-12-22 08:49:56 [post_content_filtered] => [post_parent] => 0 [guid] => https://www.books.fr/?p=126013 [menu_order] => 0 [post_type] => post [post_mime_type] => [comment_count] => 0 [filter] => raw )
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Le chef du Service de renseignement militaire danois, suspendu depuis plus d’un an, attend d’être jugé pour avoir divulgué des secrets d’État concernant, notamment, la coopération secrète avec les services américains. Dans un livre devenu un best-seller dès sa parution, Lars Findsen, l’« espion en chef » du titre, raconte comment il a vécu son arrestation et ses soixante et onze jours passés en détention, tout en déroulant sa carrière de fonctionnaire. « L’histoire est tellement folle qu’elle serait considérée trop invraisemblable dans un roman », pointe le quotidien Jyllands-Posten. Écrit avec une journaliste, le livre a fait l’effet d’une « bombe », constate le tabloïd Ekstra Bladet, puisqu’il est sorti en pleine campagne électorale en vue des législatives du 1er novembre – et qu’il accuse le gouvernement social-démocrate sortant d’avoir laissé l’affaire prendre une telle ampleur uniquement pour des raisons de politique intérieure. Tandis que Politiken réclame une « réponse politique » à ces allégations, Berlingske, lui, estime que l’ouvrage contient « des réflexions intéressantes », en particulier sur « les limites de la surveillance de la population et les dangers d’une politisation excessive de la fonction publique ». 

[post_title] => La chute d’un espion [post_excerpt] => [post_status] => publish [comment_status] => open [ping_status] => open [post_password] => [post_name] => la-chute-dun-espion [to_ping] => [pinged] => [post_modified] => 2022-12-22 08:49:51 [post_modified_gmt] => 2022-12-22 08:49:51 [post_content_filtered] => [post_parent] => 0 [guid] => https://www.books.fr/?p=126026 [menu_order] => 0 [post_type] => post [post_mime_type] => [comment_count] => 0 [filter] => raw )
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Fin octobre 1922. Des Chemises noires venues de toute l’Italie convergent vers la capitale, résolues à s’emparer du pouvoir. C’est la marche sur Rome. Menée par Benito Mussolini, cette démonstration de force, en réalité essentiellement rhétorique, ouvre les portes du gouvernement au mouvement fasciste, première étape vers l’avènement de la dictature. 

À l’occasion du centenaire de ce moment-clé de l’histoire italienne du XXe siècle, les publications sur Mussolini et le fascisme se sont multipliées de l’autre côté des Alpes. Parmi elles, Roma 1922. Il fascismo e la guerra mai finita (« Rome 1922. Le fascisme et la guerre jamais finie »), de l’historien Marco Mondini ; L’anno del fascismo. 1922: Cronache della marcia su Roma (« L’année du fascisme. 1922 : chroniques de la marche sur Rome »), du journaliste Ezio Mauro ; M. Gli ultimi giorni dell’Europa (« M. Les derniers jours de l’Europe »), troisième volume du grand roman documentaire d’Antonio Scurati consacré au parcours du Duce, dont le succès ne se dément pas depuis le premier opus, lauréat du prix Strega en 2019 [voir Books n° 103]. Ou encore, figurant dans le palmarès des meilleures ventes depuis plusieurs semaines, Mussolini il capobanda, du journaliste Aldo Cazzullo, directeur adjoint du Corriere della Sera

L’objectif d’Aldo Cazzullo est clair : en finir avec le relativisme très répandu en Italie au sujet de la période fasciste, qu’il juge « auto-absolutoire ». Pour ce faire, il propose « une analyse originale et rigoureuse de l’histoire du régime à la lumière de son lien étroit avec la cruauté et la violation de tous les droits », explique La Stampa. En « retraçant méthodiquement les crimes et les méfaits », note Il Foglio, il démontre que « la violence […] n’a pas été un outil utilisé temporairement pour arriver au pouvoir puis mis de côté, mais une caractéristique constante d’un régime criminel […]. La guerre qui a mis fin [au fascisme] n’a pas été un accident de parcours, mais l’issue inévitable d’une conception qui, dès le début, a vu dans la violence l’accoucheuse de l’Histoire », développe le quotidien La Repubblica

Hasard du calendrier, le nouveau gouvernement italien, sous la houlette de Giorgia Meloni, a été formé le 22 octobre, quelques jours avant la date anniversaire de la marche sur Rome. Or, Fratelli d’Italia, le parti d’extrême droite que dirige la nouvelle présidente du Conseil italien, a conservé comme emblème la flamme tricolore du Movimento sociale italiano, son ancêtre fondé en 1946 par d’anciens membres du parti fasciste et de la République sociale italienne. Si le centenaire de la marche sur Rome a été largement commenté dans les livres et les journaux, Giorgia Meloni a quant à elle fait le choix de ne pas en dire un mot. 

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Les ouvrages prônant la pensée positive sont des habitués des listes de best-sellers. Or en voilà un qui dit tout le contraire, qui s’insurge contre l’injonction d’être toujours heureux, et se retrouve… sur la liste des meilleures ventes outre-Rhin. Dans Ich möchte lieber nicht (traduction allemande du fameux « I would prefer not to » de Bartleby dans la nouvelle de Melville), Juliane Marie Schreiber tente d’expliquer en quoi la quête du bonheur rend souvent malheureux. Pire : elle serait synonyme d’immobilisme. « Notre époque nous fait croire que si nous méditons sagement et buvons toujours le bon thé, tout ira bien, remarque l’auteure dans un entretien au Frankfurter Rundschau. Mais cette philosophie du bien-être conduit à la stagnation. » Comment changer les choses si l’on part du principe que tout ne va pas si mal ? Pour Edo Reents, du Frankfurter Allgemeine Zeitung, ce livre avait tout pour plaire – du moins à un pessimiste comme lui. « Malheureusement, il ne répond que partiellement aux attentes. » Le critique espérait plus « de venin et de fiel ». À la place, selon lui, des invectives répétitives « distillées sur un ton juste taquin ». Il admet, par exemple, que « la douleur soit une part essentielle de la condition humaine ». Inutile, pourtant, de le rabâcher. 

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Au Nigeria, on appelle vagabonds (en anglais) les sans-abri mais aussi les personnes exclues en raison de leur orientation sexuelle. Vagabonds!, le premier roman d’Eloghosa Osunde, artiste multidisciplinaire et écrivaine, est une ode à ces marginaux du monde de la nuit à Lagos pour qui « le simple fait d’exister est une forme de résistance », selon le site Brittle Paper. Dans la mégalopole de 15 millions d’âmes, où règnent corruption et oppression, les parias d’Osunde sont dotés de pouvoirs magiques. Lorsqu’elles sont menacées, des femmes disparaissent en fumée, sous les yeux médusés de leur mari. « L’alternance entre le monde des esprits et le monde réel peut être déroutant », relève le site.

Dans ces histoires interconnectées, l’auteure explore divers modes de narration et fait usage de pidgin nigérian – un créole issu du portugais, de l’anglais et de plusieurs langues africaines. Pour Michael Chiedoziem Chukwudera, le livre d’Osunde est « une lettre adressée aux personnes comme elle, devenues vagabondes de par leur curiosité insatiable et leur incapacité à tenir en place ». Il salue en la trentenaire « l’une des étoiles montantes de la littérature africaine ». 

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Les écrivains Vladimir Nabokov, Bohumil Hra­bal, Nina Berberova ou Božena Němcová ; des personnalités aux destins extraordinaires, comme la fille de Staline, Svetlana Alliluyeva, ou la duchesse d’Albe ; d’autres héroïnes de l’Histoire telles ces femmes revenues du Goulag à qui elle donne la parole dans « Habillées pour danser dans la neige »… Et désormais elle-même, ou plutôt son alter ego romanesque, Milena.

Avant de s’attaquer à sa propre vie dans Potmě jsme se viděli lépe, l’écrivaine tchèque Monika Zgustová s’était fait la main avec de nombreuses biographies saluées pour leur point de vue original et leur style trépidant. Ses livres se distinguent également par la proximité de l’auteure avec ses héros (elle a bien connu Hrabal, par exemple), par sa volonté de se concentrer sur des épisodes méconnus de leur vie, ainsi que par le choix de ses sujets, souvent des femmes. Ou plutôt, selon le quotidien Lidové noviny, « des femmes qui vont à contre-courant de leur époque, sans renoncer à y chercher le bonheur, même dans les moments les plus malheureux ». Le tout bien ancré dans l’histoire du XXe siècle, avec, le plus souvent, un rapport à la problématique de l’exil.

On retrouve tous ces ingrédients dans Potmě jsme se viděli lépe. Milena, « une femme belle, cultivée et indépendante qui vit sans conjoint ni enfant à Barcelone », résume iLiteratura, et sa mère Jana, monstre d’égoïsme retranchée de l’autre côté de l’Atlantique, vont se retrouver sur le lit de mort de cette dernière. Poussée à fuir le totalitarisme en pleine période de « normalisation » en Tchécoslovaquie, passée par l’Inde, l’Azerbaïdjan ou les États-Unis, « la famille de Milena a peiné à se lier aux habitants, la barrière de la langue et le statut d’étranger l’ont ostracisée et, malgré cette liberté tant désirée, le déracinement a irrémédiablement ébranlé toute la famille », poursuit le site.

Comme Milena, Zgustová vit en Espagne, où elle œuvre à diffuser la culture tchèque, notamment par ses traductions des grands classiques (elle a reçu le prix Gratias agit, décerné par l’État tchèque à des personnalités ayant contribué à la renommée du pays à l’étranger). Et sa famille, comme celle de son héroïne, ne s’est jamais remise de son exil de Tchécoslovaquie. « Mais il serait sans doute expéditif de voir le livre comme un roman purement autobiographique, nuance iLiteratura. On peut plutôt estimer que la vie de Zgustová a servi de tremplin à la fiction. » De quoi tout du moins en faire « son œuvre la plus personnelle », selon le journal ABC en Espagne, où le roman est sorti avant même sa version tchèque. Les Tchèques n’en ont pas pris ombrage, lui réservant un accueil chaleureux en librairie. 

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Votre livre s’ouvre sur un constat : il existe un fossé entre l’être humain et les autres espèces animales. Ce constat, vous ne cessez de le réaffirmer par la suite. N’est-ce pas un peu à contre-courant de la vogue actuelle consistant à souligner notre proximité avec les autres animaux, à leur découvrir une intelligence et une sensibilité presque semblables aux nôtres, à leur reconnaître des droits, à s’interdire même de les manger ?

On peut exagérer les ressemblances ou exagérer les différences. Pendant longtemps, on a exagéré les différences. Puis Darwin et ses héritiers spirituels ont fait des découvertes qui les ont considérablement réduites. Une longue liste de prétentions à l’unicité – les humains seraient la seule espèce à utiliser des outils, à enseigner, à imiter, à communiquer à l’aide de signaux dotés de sens, à posséder le souvenir des événements passés et à anticiper ceux à venir – ont été réfutées par la science. Pour autant, le caractère distinctif de la cognition humaine par rapport à celle des autres animaux demeure frappant. Cent ans de recherches intensives ont établi au-delà de tout doute raisonnable ce dont la plupart des êtres humains ont toujours eu l’intuition : l’ampleur de l’écart est réelle.

Je soupçonne du reste que, dans le passé, de nombreux comportementalistes ont été réticents à l’admettre, de peur que cela ne renforce la position de ceux qui nient l’évolution humaine en elle-même. Les « bons évolutionnistes » avaient plutôt tendance à souligner la continuité entre les accomplissements intellectuels des humains et ceux des autres primates. Le fait de mettre en exergue notre supériorité mentale était rituellement dépeint comme anthropocentrique. À mon avis, on a trop fait de rapprochements superficiels entre le comportement des humains et celui des autres animaux : que ce soit en exagérant la nature bestiale des premiers ou en surévaluant les performances intellectuelles des seconds.

Nous partageons tout de même 98,5 % de notre ADN avec le chimpanzé. Cela n’en fait-il pas un être très semblable à nous ?

On a affaire ici à une donnée scientifique souvent très mal comprise. Pour beaucoup de gens, ce pourcentage implique que les chimpanzés sont à 98,5 % humains, ou que 98,5 % des gènes des chimpanzés fonctionnent de la même manière que les nôtres, ou encore que les différences entre les humains et les chimpanzés sont imputables au 1,5 % de différence génétique. Autant d’inférences foncièrement inexactes. Ce n’est pas parce que les deux espèces possèdent des gènes identiques que ceux-ci sont activés (ou inactivés) de la même façon. La comparaison entre la langue anglaise et la langue allemande est ici éclairante. En termes de forme symbolique écrite (c’est-à-dire de lettres utilisées), ces deux langues indo-européennes sont identiques, à ceci près que seuls les germanophones recourent au tréma. Il serait pourtant absurde de prétendre que toutes les différences entre les deux langues sont imputables au tréma, ou que, pour maîtriser l’allemand, un anglophone doit simplement connaître les règles d’utilisation du tréma. 

Vous êtes l’un des grands défenseurs de l’idée selon laquelle c’est l’accumulation culturelle qui distingue l’homme des autres espèces. Et, pour mieux comprendre les mécanismes qui l’ont rendue possible, vous avez mené des expériences qui ont fait date. Vous en décrivez plusieurs dans votre livre. L’une d’elles est un gigantesque tournoi que vous avez organisé pour déterminer la meilleure façon d’apprendre. En quoi consistait-il exactement ?

J’avais constaté que le défi auquel étaient confrontés les chercheurs qui s’intéressent, comme moi, à l’apprentissage social était analogue à celui que d’autres chercheurs avaient eu à relever dans les années 1970, alors qu’ils enquêtaient sur l’évolution de la coopération. Nous voulions savoir quelle était la meilleure façon d’apprendre, alors que ces chercheurs se demandaient quelles stratégies comportementales étaient les plus susceptibles de conduire à la coopération. L’économiste Robert Axelrod, alors professeur de sciences politiques et de politique publique à l’Université du Michigan, avait fait de grands progrès sur le problème de la coopération en organisant un tournoi (en fait, deux tournois) reposant sur un jeu devenu célèbre sous le nom de « dilemme du prisonnier ».

Inspiré par ce précédent, je me suis demandé si nous serions capables de donner une impulsion comparable à notre propre domaine de recherche en organisant un tournoi qui déterminerait la meilleure façon d’apprendre. Il s’agissait de mettre en place une compétition autour d’un jeu que nous aurions conçu. La participation serait gratuite, ouverte à tous, et nous inviterions les concurrents à soumettre leurs idées sur la façon d’optimiser l’apprentissage. Nous pourrions ensuite étudier l’efficacité de chacune de ces stratégies en les opposant les unes aux autres dans des simulations informatiques et en comparant leurs performances relatives.

Nous avons imaginé une population hypothétique d’organismes – appelons-les des « agents » – qui doivent survivre dans un monde nouveau, changeant et semé d’embûches. Par exemple, les agents pourraient être des naufragés sur une île tropicale, réduits à survivre et à trouver de la nourriture par leurs propres moyens. Ils pourraient chasser les lapins, pêcher dans les rivières, creuser en quête de tubercules, cueillir des fruits, cultiver la terre, etc. Le tournoi a été structuré en un certain nombre de manches et, au fil des tours, chaque agent devait effectuer l’un des trois mouvements possibles : innover, observer ou exploiter.

Le succès a-t-il été au rendez-vous ?

Notre tournoi a suscité le nombre incroyable de 104 inscriptions (bien davantage que l’un ou l’autre des tournois d’Axelrod), issues de 15 disciplines (dont la biologie, l’informatique, l’ingénierie, les mathématiques, la psychologie et les statistiques) et de 16 pays. La plupart des candidatures provenaient d’universitaires, en particulier de professeurs, de chercheurs postdoctoraux et d’étudiants de troisième cycle. Au bout du compte, ce fut l’une des expérimentations scientifiques les plus rentables jamais réalisées : pour un montant de 10 000 euros seulement (le prix mis en jeu), nous avons employé des centaines d’assistants de recherche du monde entier, des personnes extrêmement ­brillantes et inventives, qui ont consacré des semaines, voire des mois de leur temps à résoudre l’énigme consistant à déterminer la meilleure façon d’apprendre.

Quels résultats avez-vous obtenus ?

Le premier constat qui nous a sauté aux yeux est qu’il est possible d’échouer parce que l’on apprend trop ! Ou parce que l’on apprend au mauvais moment. Mais la grande leçon, la plus déconcertante, a été que copier paie. Mieux : que c’est presque toujours la meilleure stratégie. Ce n’est que dans des environnements extrêmes présentant des taux extraordinairement élevés de variation – des taux si élevés que de telles conditions sont probablement rares dans la nature – qu’apprendre par soi-même est plus efficace qu’apprendre des autres.

Comment se fait-il que copier soit une stratégie aussi efficace ?

Un animal n’a pas besoin d’être malin pour qu’il lui soit profitable de copier : une bonne part de la prise de décision intelligente a déjà été effectuée par les individus copiés qui ont préfiltré le meilleur comportement. Quand on copie, on copie ce qui marche. Copier, même « à l’aveugle », offre des avantages par rapport à l’apprentissage par essais et erreurs, et c’est pour cela que l’apprentissage social est si répandu dans la nature, même chez les animaux que nous ne considérons guère comme « intelligents ». Les bourdons, les drosophiles et les grillons des bois tirent profit du copiage des autres, car il est difficile de trouver par essais et erreurs de riches sources de pollen, des femelles fécondes et des moyens d’échapper aux prédateurs. Dans la plupart des cas, l’apprentissage social offre un raccourci rapide et efficace vers un comportement à haut rendement.

Vous dites que le copiage est très répandu dans la nature. Les humains ne sont-ils donc que des copieurs parmi d’autres ?

Nous sommes les meilleurs copieurs, les champions toutes catégories du copiage. Nous copions avec beaucoup plus de fidélité et d’exactitude, avec beaucoup plus de pertinence aussi, que tous les autres animaux. C’est ce qui a permis de mettre en route chez nous une culture cumulative. Ce qui compte, en effet, pour que celle-ci soit possible, c’est moins l’innovation – dont les études récentes montrent qu’elle est souvent le fruit du hasard et d’un remaniement d’acquis préexistants – que la transmission fiable des savoirs et des techniques de génération en génération.

On en arrive à la seconde étape de votre démonstration. Si j’ai bien compris ce que vous expliquez dans votre livre, pour qu’une culture cumulative se mette en place, il faut être capable non seulement de copier très fidèlement, mais aussi d’enseigner. Or, là non plus, il ne s’agit pas d’une spécificité humaine…

L’homme n’est effectivement pas le seul animal à enseigner, mais les animaux – très peu nombreux – qui partagent ce trait avec lui ne sont pas ceux que l’on attendrait. Il y a la fourmi : quand une fourmi trouve une source de nourriture, elle retourne à la fourmilière et guide d’autres fourmis jusqu’à cette nourriture. Elle leur montre ainsi le chemin. Un deuxième exemple est le suricate, qui apprend progressivement à ses petits à chasser les scorpions 1. Le chimpanzé, en revanche, notre plus proche parent, n’enseigne pas. N’est-il pas beaucoup plus intelligent qu’une fourmi ? En fait, ce n’est pas parce que l’on est plus intelligent que l’on enseigne. Ce serait même plutôt le contraire. Les animaux intelligents ont rarement besoin d’enseigner, car la plupart de leurs compétences peuvent être acquises par copiage ou par essais et erreurs. Se donner du mal pour inculquer à des novices des compétences qu’ils apprendront sans votre aide n’est guère productif.

Alors pourquoi l’enseignement est-il si central chez l’homme ?

Tout porte à croire que l’enseignement a évolué chez les humains en dépit de nos fortes capacités d’imitation plutôt qu’à cause d’elles. La fenêtre où l’enseignement est favorisé par la sélection naturelle est très étroite : la compétence enseignée ne doit pas être tellement simple qu’il soit facile de l’acquérir par un autre moyen, mais elle ne doit pas non plus être tellement complexe que peu d’individus la maîtrisent et puissent la transmettre. La recherche suggère que, si l’enseignement occupe une telle place chez les humains, c’est principalement parce que la culture cumulative rend disponibles des informations utiles quoique difficiles à acquérir par une autre voie. Selon toute vraisemblance, l’enseignement humain et la culture cumulative ont évolué ensemble, par renforcement mutuel.

Quel rôle a joué l’apparition du langage dans ce processus ?

C’est une étape cruciale. Autant on retrouve ailleurs dans le règne animal le copiage et l’enseignement, autant l’émergence du langage fut un événement singulier, une réponse adaptative unique au sein d’une lignée isolée, la nôtre. Il n’y a, dans tout le règne animal, rien de comparable au langage humain. On parle communément du « langage des abeilles » ou du « bavardage des dauphins », mais, malgré des recherches intensives, la science n’a pas encore révélé de grandes similitudes entre la communication des humains et celle des autres animaux. Celle-ci est dépourvue de structure, de syntaxe, capable tout au plus de véhiculer un nombre très limité d’informations.

Pour vous, le langage humain résulte de l’enseignement. En quoi ?

Il existe tout un tas de théories visant à expliquer l’évolution du langage. Mais, pour chacune d’elles, on peut se demander : pourquoi seulement l’homme ? On va dire par exemple que le langage renforce les liens entre les individus. Très bien. Mais cela aurait été bénéfique aussi aux macaques, aux gorilles ou aux chimpanzés. Pourquoi n’ont-ils pas eux aussi développé de langage ? 

L’avantage de l’argument de l’enseignement, c’est que seule une espèce qui s’appuie beaucoup sur l’enseignement peut être incitée à acquérir un langage. Celui-ci constitue en effet une manière d’enseigner extraordinairement économique, précise et efficace. Dire à quelqu’un à quel endroit trouver de quoi se nourrir est beaucoup plus facile que de l’y conduire. Dire à un enfant que les baies rouges sont toxiques est beaucoup plus simple que de le lui faire comprendre par d’autres moyens.

Par ailleurs, le langage est une faculté apprise. Ce n’est pas le cas de la communication chez les autres animaux, qui est innée. Pourquoi nos ancêtres ont-ils eu besoin d’un outil de communication appris ? Nous savons que l’enseignement est favorisé par un environnement changeant. Si l’environnement change, il faut apprendre pour s’adapter à ces changements. Mais alors, qu’est-ce qui, dans l’environnement de nos ancêtres, changeait au point de requérir une forme apprise de communication ? Et, question corollaire : si l’environnement changeait, pourquoi n’a-t-il pas affecté le système de communication d’autres organismes ? En fait, cela devait être un changement qui n’impactait que nos ancêtres, un changement dont ils étaient responsables. La réponse évidente est la culture : à un moment donné, nos ancêtres ont commencé à générer des variantes culturelles (comme des outils, des techniques de recherche de nourriture, des signaux sociaux, des rituels de parade nuptiale, des remèdes, des gestes) à un tel rythme que, pour que l’accumulation puisse se poursuivre, il leur a fallu mettre au point cette forme révolutionnaire de communication.

Quand, selon vous, le langage est-il apparu ? 

J’aurais tendance à placer ses racines plus loin dans le temps que beaucoup de mes confrères. On a dû commencer par un protolangage qui remonte, à mon avis, à au moins 1,7 million d’années.

Sur quels critères vous fondez-vous pour affirmer cela ?

Je pense, comme de nombreux linguistes, que la principale caractéristique du langage est la structure syntaxique hiérarchique. Et je soupçonne que notre capacité à appréhender des chaînes d’éléments en ensembles organisés hiérarchiquement découle de centaines de milliers d’années de sélection des compétences computationnelles nécessaires à certaines activités, comme la transformation complexe des aliments ou la fabrication d’outils. En d’autres termes, je crois que les humains étaient prédisposés au maniement expert de chaînes d’éléments, parce que bon nombre des compétences liées à la fabrication et à l’utilisation d’outils ainsi qu’aux méthodes d’extraction et de transformation de nourriture que leurs ancêtres avaient développées nécessitaient d’effectuer des séquences précises d’actions.

Or, si je me base sur ce que l’on sait de l’évolution de la fabrication d’outils, la première technique lithique, rudimentaire, que l’on appelle l’Oldowayen, apparaît il y a environ 2,5 millions d’années, à l’aube du genre Homo, mais elle peine à se diffuser et stagne pendant sept cent mille ans. Ce n’est qu’il y a 1,7 million d’années que l’on assiste à un changement, avec l’apparition de la technique acheuléenne [et des outils caractéristiques que sont les bifaces et les hachereaux]. Cette apparente stagnation de la technique oldowayenne constitue l’une des énigmes les plus tenaces de l’évolution humaine. Pour moi, elle s’explique par le fait que les humains ne disposaient pas encore d’un langage digne de ce nom, ce qui limitait l’efficacité de la diffusion et les possibilités d’amélioration. On peut envisager que des formes rudimentaires de langage aient existé lorsque prévalait l’Oldowayen, mais si l’on considère la lenteur avec laquelle cette technologie a par la suite évolué, il est peu probable que le langage moderne soit apparu durant cette période. La transformation de la technique acheuléenne reposait plus vraisemblablement sur une forme de protolangage gestuel ou verbal.

Dans votre livre, vous parlez d’une accélération des changements touchant les hommes, y compris génétiques. C’est à l’opposé de l’idée fort répandue selon laquelle, une fois la culture en place, la génétique n’a plus droit de cité…

L’argument semble en effet imparable : si l’on résout les problèmes culturellement (si l’on sait, par exemple, soigner les maladies), on affaiblit la sélection naturelle. Le problème, c’est que, sous son apparente logique, cet argument est erroné. Il ne tient pas compte de tous les défis auxquels doivent faire face les organismes dans le monde réel, où, chaque fois que l’on résout un problème particulier, on en crée de nouveaux. Nous inventons, par exemple, l’agriculture et l’élevage pour pallier le manque de nourriture. Or cela impose toute une série de sélections agissant en retour sur nous, pour nous permettre de digérer le lait de vache ou encore de résister aux maladies transmises par les animaux. Des milliers de nos gènes ont ainsi été modifiés par l’agriculture. D’une manière générale, du fait de la coévolution gènes-culture, l’évolution génétique humaine, loin de se ralentir, s’est accélérée au point que son rythme est sans équivalent chez les mammifères : il a plus que centuplé au cours des quarante mille dernières années.

Vous réfutez, par ailleurs, l’idée que l’homme a tellement bouleversé son environnement, et si rapidement, que celui-ci est devenu inadapté à sa ­biologie. Sur la base de quels arguments ?

Un tel décalage se produit parfois. C’est le cas de notre préférence pour le sel, le sucre et les matières grasses : nous avons été sélectionnés pour les apprécier et les stocker. En nous retrouvant dans un environnement où la nourriture est abondante, nous nous exposons à l’obésité et au diabète. 

Pour autant, cet argument a été exagéré. L’étendue de ces désajustements est beaucoup plus limitée que ne l’envisagent nombre d’auteurs de vulgarisation scientifique. Les humains ne modifient pas leur environnement au petit bonheur la chance. Ils le font d’une façon qui convient à leur génotype. Et, loin d’être piégés dans le passé par un héritage biologique dépassé, ils se distinguent par leur remarquable plasticité. Grâce à notre culture, nous nous montrons capables de compenser toute inadéquation entre nos adaptations biologiques et le monde dans lequel nous nous trouvons ; par exemple, les vêtements, le feu et la climatisation nous protègent des températures extrêmes. Et, lorsque nous ne parvenons pas à transformer par des outils culturels les conditions nouvelles que nous rencontrons, la sélection naturelle s’ensuit très rapidement. Car rien ne saurait l’arrêter : partout où il y a des organismes vivants, elle est à l’œuvre. 

— Propos recueillis par Baptiste Touverey.

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