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Pas facile de s’y reconnaître dans l’évolution du monde actuel. L’économiste serbo-américain Branko Milanovic propose une grille de lecture axée sur quelques idées-forces : 1) La globalisation néolibérale a cédé la place à un libéralisme de marché « national » – pour ne pas dire nationaliste ; 2) Le moteur principal de cette évolution est la Chine, dont l’économie est désormais trop grosse pour être intégrée dans l’ordre économique international créé par les États-Unis et leurs alliés ; 3) En appliquant des mesures commerciales coercitives qui contribuent à signer l’acte de décès de la globalisation, les États-Unis tentent de contrecarrer la croissance de leur rival ; 4) La montée des économies asiatiques, y compris le Vietnam et l’Indonésie, a créé dans cette région du monde une classe moyenne dont le poids est désormais décisif ; 5) Quarante ans de capitalisme sous-régulé ont favorisé la création aux États-Unis et en Chine d’une nouvelle élite dirigeante caractérisée par ce que l’auteur appelle l’« homoploutie », une richesse venue tant des revenus du travail que de ceux du capital ; 6) La puissance de cette nouvelle élite dirigeante repose sur deux formes de « crédentialisme » qui diffèrent : la révérence pour le diplôme aux États-Unis et l’appartenance au Parti communiste en Chine ; 7) Tant en Occident qu’en Chine, mais aussi en Russie, la montée en puissance d’une super-élite a accru les inégalités et généré un ressentiment dont le produit est le populisme de droite en Occident, la crispation du Parti communiste en Chine et des services de sécurité en Russie (on pourrait y ajouter la guerre en Ukraine) ; 8) Nous sommes entrés dans un monde multipolaire dans lequel des institutions comme les Nations Unies perdent toute efficacité.

En présentant ce livre sur le site de la London School of Economics, l’économiste serbe Ivan Radanović salue cet effort de clarification et en particulier la qualité des analyses sur les nouvelles élites occidentales et chinoises. Mais il juge erronées certaines de ses analyses historiques et exprime ses réserves à l’égard du « déterminisme historique » d’un auteur largement inspiré par l’économie marxiste.  

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« Si le prince Harry veut qu’on respecte sa vie privée, qu’il se taise. » Ce propos d’un journaliste spécialisé dans l’information sur la famille royale britannique résume bien, en les simplifiant quelque peu, les paradoxes et les contradictions qui affectent la question de la vie privée dans les sociétés occidentales contemporaines. D’un côté, une inquiétude de plus en plus vive se manifeste au sujet de l’invasion de la vie privée par la presse, les médias et davantage encore par les géants du secteur de l’informatique, les banques, les assurances, les institutions publiques et les gouvernements, qui collectent et exploitent des données sur les individus à des fins commerciales ou de contrôle. Jamais d’autre part les membres des familles titrées, les vedettes artistiques ou sportives, les célébrités de toutes sortes, les responsables politiques, mais aussi de plus en plus de personnes ordinaires, n’ont livré aussi spontanément et à une échelle aussi vaste des informations aussi précises sur leur vie privée, qu’ils exposent avec candeur et enthousiasme.  

C’est que, dans le monde d’aujourd’hui, souligne l’historienne britannique Tiffany Jenkins, « les frontières entre le public et le privé, le personnel et le professionnel, le personnel et le politique, la vie professionnelle et la vie familiale [...] sont de plus en plus floues ». La division, longtemps claire, entre ce qui relève de la sphère publique et ce qui appartient au domaine privé a perdu de sa pertinence. L’expression publique des sentiments intimes est socialement valorisée au nom de l’authenticité et du refus de l’hypocrisie. L’idée, sous-tendant le slogan des féministes des années 1960 et 1970 « le personnel est politique », que des enjeux politiques sont présents au cœur de la sphère privée a largement été intériorisée. L’obsession de la transparence et la conviction que tout ce que l’on cache est répréhensible conduisent à regarder la vie privée avec suspicion. « Si vous ne voulez pas que l’on sache quelque chose que vous faites, déclarait en une formule provocatrice l’ancien PDG de Google Eric Schmidt, commencez par ne pas le faire. »

En réalité, sous l’apparence de continuité créée par l’emploi d’un même terme, la perception de la vie privée qui prévaut aujourd’hui ne coïncide plus avec celle qui a longtemps réglé la vie sociale. Non, certes, depuis toujours, mais durant les derniers siècles : l’idée de vie privée n’a rien de naturel ou d’universel, elle s’est développée progressivement en Occident et a une histoire. C’est cette histoire que raconte Tiffany Jenkins, en suivant ses péripéties principalement dans le monde anglo-saxon.  

Les Anciens ne méconnaissaient pas la distinction entre vie publique et vie privée. Mais dans l’Athènes et la Rome antiques, c’est la première qui était mise à l’honneur, avec la valorisation du rôle du citoyen, exercé par les adultes mâles, et la relégation des aspects matériels et biologiques de l’existence (l’alimentation, le travail, la procréation, la naissance et la mort) dans l’obscurité de l’espace domestique occupé par les femmes et les enfants. Cette distinction s’est considérablement estompée au Moyen Âge. Dans le monde médiéval, « les deux sphères s’étaient fondues en une seule : tout était public. Les vastes demeures des riches étaient des lieux de pouvoir […]. Des maisons de toute taille abritaient les activités professionnelles autant que le travail domestique. Presque toutes les pièces étaient employées à tous les usages. » Au sein d’une telle organisation sociale, qu’on continue à observer jusqu’au XVIIIe siècle, les tentatives de créer des espaces privés se heurtèrent longtemps à de fortes réticences. « Ce sont l’assassin et l’adultère qui réclament la protection de la vie privée » décrétait un prêcheur du XVIIsiècle. L’auteur d’un manuel de bonne conduite de la même époque mettait en garde ses lecteurs : « Ne faites rien en privé que vous ne feriez en public ».

Dans ce domaine comme dans d’autres, l’avènement du protestantisme en Europe est à l’origine d’un changement important. Indirectement et accidentellement, toutefois, plutôt que de manière directe et délibérée. Les protestants partageaient la méfiance générale envers la vie privée. « Fuyez la solitude par tous les moyens, écrivait Luther, parce que le diable vous observe et vous attend encore plus lorsque vous êtes seuls. » Mais en réclamant le droit, pour les individus, de lire les Écritures à leur guise, en créant les conditions d’une contestation de l’autorité du Pape et du Souverain, le protestantisme contribua au développement des idées de liberté de conscience et de conscience individuelle qui allaient fournir un socle au concept de vie privée. En forçant les croyants à dissimuler la nature de leur foi, les guerres de religion elles-mêmes et l’alternance, en Angleterre, de l’anglicanisme et du catholicisme comme religion officielle, aidèrent à fortifier l’idée d’espace privé, qui allait bientôt s’étendre aux aspects profanes de l’existence.  

La vie privée s’est épanouie au XVIIIe siècle dans un contexte économique, politique et culturel nouveau. L’âge des Lumières est celui de l’essor de la bourgeoisie, qui s’est traduit par l’expansion simultanée de l’espace public et de l’espace privé. D’un côté, on assiste à la naissance de la presse, à la prolifération des cafés, des clubs, des associations, des lieux de débat politique et philosophique. Une culture de la vie publique se développe, avec l’apparition des règles de politesse et des codes de bonnes manières, conçus pour faciliter, dans un esprit de tolérance, les interactions sociales et les contacts avec les étrangers, de plus en plus fréquents à mesure que se multiplient et s’étendent les relations commerciales. La poignée de main se généralise. De l’autre côté, l’espace domestique se réorganise : « Les pièces deviennent plus petites et plus spécialisées […], la maison commence à incorporer un sens de la séparation et de l’intimité. Les domestiques, autrefois une présence constante aux pieds du lit de leurs maîtres, sont relégués dans des bâtiments annexes ou aux étages supérieurs. »

Cette évolution culmine au XIXe siècle, qui représente à bien des égards l’âge d’or de la vie privée : « À l’époque victorienne, la frontière entre domaine public et domaine privé est strictement définie. Cette division, combinée avec la haute estime dans laquelle est tenu à présent le monde privé, transforme le vague concept de respect de la vie privée en quelque chose qu’il convient de célébrer et de protéger. » C’est aux États-Unis que cette préoccupation s’est exprimée avec le plus de vigueur et de netteté. Dans un article de la Harvard Law Review paru en 1890 intitulé « Le droit à la vie privée », les juristes Samuel D. Warren et Louis D. Brandeis (futur juge à la Cour suprême) proposent d’étendre la protection des droits des personnes, au-delà de la propriété intellectuelle et artistique et de la pénalisation de la calomnie et de la diffamation, à la diffusion d’informations sur la vie privée même lorsqu’elles sont exactes. Présenté comme un cas particulier du « droit à être laissé tranquille » (right to be let alone), s’appliquant aux photos comme aux lettres ou autres écrits, ce droit n’était censé valoir que pour les personnes n’exerçant pas de fonctions publiques ou, pour celles qui en exercent, ne concerner que les  informations sans liens avec ces fonctions. L’article est considéré comme la base du droit de la vie privée aux États-Unis. Brandeis lui-même reconsidéra son point de vue, au motif que la restriction de la circulation des informations risquait de mettre en danger la liberté d’expression, donc de priver la société de ses bénéfices.   

La raison qui avait poussé les deux juristes à formuler cette proposition était l’explosion de la presse à sensation et à scandale. Au cours du XXe siècle, d’autres forces se combinèrent pour miner, de l’extérieur et de l’intérieur, le territoire de la vie privée et éroder la frontière qui séparait celle-ci de la vie publique. Dans le sillage des travaux d’Edward Bernays, théoricien précurseur de « la manipulation consciente et intelligente des habitudes et de l’opinion des masses », peu avant la Seconde Guerre mondiale, un élève du statisticien Paul Lazarsfeld, Ernest Dichter, jette les bases de la publicité et du marketing agressifs. Dès 1957, dans son ouvrage La Persuasion clandestine, Vance Packard met en garde contre la manière dont les grandes entreprises et les gouvernements utilisent des techniques invasives (écoutes téléphoniques, questionnaires indiscrets) pour pénétrer dans la vie privée des Américains. 

Parallèlement, les éléments qui définissaient les domaines public et privé perdent leur pouvoir de structuration. Dans La Fin de l’homme public (1974), Richard Sennett dresse un constat de décès : le monde de l’action politique et du discours public ne possède plus les caractéristiques qui faisaient sa vitalité. Envahi par l’intime et le personnel, il est moins le lieu du débat et de l’engagement collectif qu’une plateforme pour l’expression des sentiments individuels. Dans le même esprit, Christopher Lasch diagnostique en 1979 l’émergence, sous l’effet de l’érosion des liens de solidarité et d’appartenance traditionnels, d’un individu « narcissique », doté d’un ego, non trop fort, mais au contraire fragile, affaibli par le manque d’assurance et un lancinant besoin de reconnaissance, qui le pousse à s’exposer en permanence sur la scène publique. Sous l’effet de ces évolutions et d’autres facteurs comme l’attention croissante accordée à la vie privée des politiciens, autrefois somptueusement ignorée, la vie publique s’est en quelque sorte progressivement privatisée. Réciproquement, la vie privée s’est politisée, avec la transformation de questions jadis privées, celles qui touchent aux relations entre hommes et femmes, par exemple, ou entre parents et enfants, en enjeux politiques.

Au cours des dernières années, le développement foudroyant des technologies de l’information a multiplié dans des proportions spectaculaires les possibilités pour les organisations de toute espèce de pénétrer dans la vie privée, et, pour les individus, celles d’ouvrir au monde entier une fenêtre sur les dimensions les plus personnelles de leur existence. Selon Tiffany Jenkins, la technologie ne joue ici qu’un rôle d’amplification. Les gouvernements n’obéissent à aucun déterminisme technologique en décidant de réglementer les rapports sexuels entre étudiants sur les campus ou en criminalisant la tenue de certains propos dans un environnement strictement privé. Pour ce qui concerne l’utilisation privée de ces technologies, rien n’oblige à l’évidence, par exemple, les couples qui publient des images de leurs ébats sur des sites spécialisés, ou les personnes qui viennent de perdre un proche dans un accident et font ostentation de leur deuil sur les réseaux sociaux, à livrer au regard public les aspects les plus intimes de leur vie. Il reste vrai que si la technologie n’engendre pas mécaniquement ces comportements, elle les favorise et peut même les induire.     

On remarquera que, chemin faisant, l’idée de vie privée a changé de signification et de contenu. Tiffany Jenkins attire l’attention sur le rapport d’une commission parlementaire britannique de 1972 sur le sujet, connu sous le nom de « rapport Younger ». Dans ses premières lignes, ce texte distingue deux aspects de la protection de la vie privée : d’une part « la liberté à l’égard d’intrusions dans sa vie personnelle, domestique, familiale et sociale », d’autre part « le droit de déterminer soi-même comment et dans quelle mesure l’information à son propre sujet est communiquée à d’autres ». Le rapport traite cependant presque uniquement de ce second aspect. Il correspondait à la manière dont les jeunes générations considéraient le respect de la vie privée, les Britanniques plus âgés restant attachés à l’idée ancienne, plus générale, de pouvoir mener leur vie et leurs affaires sans interférences de l’État ou d’autres personnes. C’est cette conception nouvelle, limitée, qui triomphe à présent : aujourd’hui, la question du respect de la vie privée est essentiellement posée en termes de sécurité numérique et de contrôle des données. Mais les véritables enjeux, souligne Tiffany Jenkins, sont plus profonds. Ils tiennent à la confusion qui s’est installée entre la vie publique et la vie privée et à l’affaiblissement de l’une comme de l’autre. Elles sont en réalité toutes les deux également nécessaires. Leur distinction est indispensable et devrait être restaurée.

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En Iran, une dizaine d’intellectuels, auteurs et traducteurs ont été arrêtés en quelques jours : parmi eux figurent les économistes Parviz Sedaghat et Mohammad Maljoo, la sociologue Mahsa Asadollanejad, ainsi que la traductrice Shirin Karimi. Leurs domiciles ont été fouillés, leurs biens saisis, et aucune charge officielle n’a été rendue publique. Des ONG qualifient ces opérations d’« intimidations inadmissibles », voire de « disparitions forcées », et mettent en garde : critiquer les politiques économiques ou sociales en Iran est désormais exposé à des poursuites pénales injustifiées. ActuaLitté.com

Le cinéaste oscarisé Guillermo del Toro a permis de réunir 100 000 $ pour la Library Foundation of Los Angeles lors d’une soirée caritative organisée le 3 octobre au Netflix Tudum Theater. Il a personnellement contribué à hauteur de 50 000 $, doublant les recettes de l’événement. Les fonds soutiendront notamment la reconstruction de la succursale de Los Angeles Public Library à Pacific Palisades, détruite par les incendies de janvier 2025, dans un contexte budgétaire difficile pour les bibliothèques californiennes. ActuaLitté.com

En Suisse, la chapelle Chapelle Saint‑Pierre de Lucerne expose depuis 2023 une « bible queer », conçue par Mentari Baumann et Meinrad Furrer. Cette édition revisite les textes bibliques sous un angle LGBTQIA+ en surimposant commentaires et récits via des calques, affirmant que la Bible recèle des « identités queer ». Elle suscite toutefois des réactions hostiles : vols, tags homophobes et dégradations ont été recensés. ActuaLitté.com

La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a condamné la Turquie pour avoir interdit à des détenus l’accès à certains ouvrages — parmi eux une édition en espagnol de Don Quichotte — faute de justification motivée conforme à l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme. Le pays a invoqué des motifs de « sécurité » et de « propagande terroriste », jugés trop vagues par la Cour. L’arrêt du 2 septembre 2025 marque un avertissement sur le contrôle d’accès à la lecture en milieu pénitentiaire. ActuaLitté.com

Les acteurs de la filière du livre en Belgique — éditeurs, libraires, auteurs et bibliothécaires — ont adressé une lettre ouverte à l’exécutif pour lui demander de renoncer à toute augmentation du taux réduit de TVA sur les livres, actuellement à 6 %.  Ils estiment qu’une hausse à 9 % pourrait se traduire par une baisse de près de 9 % des ventes, la perte de centaines d’emplois, et menacerait la diversité éditoriale et l’égalité d’accès à la lecture. ActuaLitté.com

À Valence (Drôme), une nouvelle librairie entièrement dédiée au genre « romance » ouvrira entre mi-décembre et début janvier 2026 au 4 rue Saunière. Plans issus de Romance Librairie Café : environ 500 références au lancement, avec une diversification dans la romantasy, le sport, l’univers universitaire, la dimension psychologique ou dramatique. Le lieu de 87 m² inclura un espace café-pâtisserie, assuré par une artisane locale. Les deux associées, novices mais formées en librairie, souhaitent également organiser ateliers, club de lecture et séances d’écriture pour accompagner cette communauté fidèle à la romance. ActuaLitté.com

[post_title] => La revue de presse d'ActuaLitté [post_excerpt] => [post_status] => publish [comment_status] => open [ping_status] => open [post_password] => [post_name] => la-revue-de-presse-dactualitte-3 [to_ping] => [pinged] => [post_modified] => 2025-11-13 12:00:19 [post_modified_gmt] => 2025-11-13 12:00:19 [post_content_filtered] => [post_parent] => 0 [guid] => https://www.books.fr/?p=133058 [menu_order] => 0 [post_type] => post [post_mime_type] => [comment_count] => 0 [filter] => raw )
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Intelligence artificielle aidant, la tentation de la fraude a le vent en poupe dans le monde scientifique comme ailleurs. Antérieur aux opportunités offertes par l’IA, le cas évoqué ici est particulièrement éloquent. Il met en effet en cause deux chercheurs en éthique comportementale, Francesca Gino de Harvard et Dan Ariely de Duke, qui s’étaient spécialisés dans l’analyse des comportements malhonnêtes en matière de publication. En 2012 ils ont publié un article fondé sur des expériences censées avoir démontré qu’il existe un moyen simple (vraiment simple, à vrai dire) de réduire la propension à la malhonnêteté : mettre sa signature sur son texte avant de commencer à le rédiger. L’article a rencontré un énorme succès et assuré aux auteurs, déjà connus, une célébrité internationale : « Enthousiasmés, universitaires, hauts fonctionnaires et dirigeants d’entreprise se sont fébrilement emparés de cette idée simple », écrit dans Science Daniele Fanelli, chercheur en sciences sociales à l’université d’Édimbourg. Hélas, les expériences avaient été bidonnées. Il fallut l’obstination des limiers du blog Data Colada, spécialisés dans la détection de la fraude scientifique, pour dévoiler le pot aux roses. Démise de ses fonctions, Francesca Gino est en procès avec Harvard. 

[post_title] => Tel est pris qui croyait prendre [post_excerpt] => [post_status] => publish [comment_status] => open [ping_status] => open [post_password] => [post_name] => tel-est-pris-qui-croyait-prendre [to_ping] => [pinged] => [post_modified] => 2025-11-13 11:55:33 [post_modified_gmt] => 2025-11-13 11:55:33 [post_content_filtered] => [post_parent] => 0 [guid] => https://www.books.fr/?p=133055 [menu_order] => 0 [post_type] => post [post_mime_type] => [comment_count] => 0 [filter] => raw )
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Imaginons un tueur sans visage, formé à l’art de l’invisibilité, dont les meurtres en série ébranlent les fragiles équilibres géopolitiques. C’est « l’exécuteur » que traque une équipe d’agents espagnols dans une course effrénée de Madrid à Moscou, des ruelles d’Istanbul aux bunkers de Washington.

En octobre 2024, Mikhaïl Serkin, chef des services secrets russes, s’enfuit avec sa famille aux Maldives. Sa défection déclenche une opération secrète de représailles sans précédent. Il est exécuté ; mais il n’est que le premier de la liste… Les victimes tombent les unes après les autres. Comment l’expliquer ? Teresa Fuentes, agent du CNI (Centre national de renseignement espagnol), et Pablo Perkins, un vétéran de la CIA, mènent l'enquête. Leur mission initiale, traquer le tueur, se transforme. Car c’est une campagne de nettoyage mondial qui est orchestrée depuis Moscou. Quelle est la véritable mission du tueur ? Les victimes ont en commun d’en savoir trop sur un plan qui mettrait l’Europe au bord de la guerre

Le suspense rappelle Le Carré ou Forsyth. Diario de Sevilla souligne la prose dépouillée de Vallés, dont le réalisme ibérique ancre la géopolitique dans des dilemmes éthiques intimes. Le roman évoque puissamment « les menaces invisibles qui caractérisent notre époque et invite à réfléchir sur la fragilité des démocraties dans un monde marqué par l’autoritarisme ».

[post_title] => Nul n’échappe au Kremlin [post_excerpt] => [post_status] => publish [comment_status] => open [ping_status] => open [post_password] => [post_name] => nul-nechappe-au-kremlin [to_ping] => [pinged] => [post_modified] => 2025-11-13 11:54:00 [post_modified_gmt] => 2025-11-13 11:54:00 [post_content_filtered] => [post_parent] => 0 [guid] => https://www.books.fr/?p=133052 [menu_order] => 0 [post_type] => post [post_mime_type] => [comment_count] => 0 [filter] => raw )
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La pizza margherita devrait son nom au chef italien Raffaele Esposito, qui l’aurait servie à la reine Marguerite de Savoie en visite à Naples en 1889. À moins que le nom lui soit venu de la disposition en pétales du basilic… ou de la mozzarella fondue. On n’en sait rien, conclut le Bolognais Luca Cesari. On en sait plus sur les raisons pour lesquelles la pizza a conquis les États-Unis avant de devenir « la spécialité gastronomique la plus répandue dans le monde ». Ce n’est pas parce que les GIs auraient été emballés par ladite spécialité lors de l’occupation de Naples à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais parce que les pauvres émigrés italiens, arrivés en masse aux États-Unis dans l’entre-deux-guerres, en ont introduit l’usage à New York. Après la guerre, c’est la banalisation du four à gaz qui a déclenché l’ouverture en série de pizzerias. 

Dans les rues de Naples au XVIIIe siècle, c’était à l’origine un petit pain aplati sur lequel des marchands ambulants ne mettaient souvent que de l’huile d’olive et de l’ail. Le grand paradoxe est que la pizza ne s’est vraiment répandue dans le reste de l’Italie qu’après le détour par les États-Unis. 

Cesari s’était déjà fait connaître par sa Véritable histoire des pâtes, traduite en français. Son histoire de la pizza est prise au sérieux par les connaisseurs. Elle a été traduite en anglais par l’historien de Harvard Zachary Nowak. Dans la Literary Review la critique gastronomique britannique Felicity Cloake dit l’heureuse surprise que lui a procurée une lecture qui nous en apprend autant sur l’histoire populaire que sur celle de cet objet caméléon. Le blog DeBaser rappelle l’horreur des Italiens face à la hawaiian pizza, un monstre inventé dans les années 1950 par un Grec installé au Canada, à base d’ananas et de jambon cuit. 

[post_title] => Mythes et réalités de la pizza [post_excerpt] => [post_status] => publish [comment_status] => open [ping_status] => open [post_password] => [post_name] => mythes-et-realites-de-la-pizza [to_ping] => [pinged] => [post_modified] => 2025-11-13 11:50:36 [post_modified_gmt] => 2025-11-13 11:50:36 [post_content_filtered] => [post_parent] => 0 [guid] => https://www.books.fr/?p=133049 [menu_order] => 0 [post_type] => post [post_mime_type] => [comment_count] => 0 [filter] => raw )
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Trump n’est pas particulièrement bel homme. Sa rhétorique est hésitante et volontiers répétitive. Ses théories rudimentaires oscillent entre l’incohérence et l’inquiétant. Sa morale… Alors, quel est son secret ? Le charisme, explique Molly Worthen, qui est… historienne des religions. Ce qui lui permet d’expliciter (ou tenter de) « cette qualité propre à un individu qui le met à part du reste » et sur laquelle le sociologue Max Weber s’est penché avant elle. Le leader charismatique, proposait Weber, exerce une emprise fondée ni sur la raison ni sur la tradition mais sur l’émotion. Sa personnalité le situe en dehors du monde et lui permet, à certains moments clés de l’Histoire, de susciter chez ses admirateurs la croyance en « un futur radicalement nouveau », quitte à pulvériser les habitudes et les normes en vigueur. Molly Worthen quant à elle approche la question sous l’angle résolument religieux. Le charisme, qui dans la Grèce antique comme pour saint Paul est un don de Dieu, une grâce, permet à un être d’exception de répondre à « une urgence métaphysique » en proposant à ses concitoyens un « narratif », « une sorte de récit transcendantal qui invite les adeptes à découvrir le sens de leur vie ». Évidemment, voir Donald Trump figurer aux côtés de prophètes et de gourous révérés dans la taxonomie charismatique que propose Molly Worthen peut surprendre. Mais il arrive au « milliardaire du peuple » (comme en 2016 lors d’un meeting en Caroline du Nord) de tenir des propos quasi messianiques du genre : « Ce “big beautiful” projet, c’est tout ce que nous allons faire ensemble. Et vous allez être si fiers. Et vous allez être si heureux. Et vous allez gagner. » Voyez aussi comme Trump sacralise sa propre richesse (une bénédiction divine) ou encore l’échec de l’attentat contre lui (c’est le Tout-Puissant qui a fait dévier la balle mortelle vers son oreille, au grand bénéfice de l’Amérique). Le charisme – « à la fois un phénomène et un concept » – n’a rien pourtant de spécifiquement américain, « mais son histoire aux États-Unis est particulièrement intéressante… Le pays est un véritable champ d’expérience pour les entrepreneurs métaphysiques », résume Molly Worthen qui étaye sa théorie en évoquant une série d’exemples, depuis la prophétesse puritaine du XVIIe siècle Anne Hutchinson jusqu’aux télévangélistes d’aujourd’hui, en passant par le père des mormons, Joseph Smith, ou des prescripteurs culturels comme Oprah Winfrey. Tous ces gens ont en commun de refléter « la dialectique entre personnalité et contexte du moment ». (À vrai dire, pour que le message reçoive le meilleur accueil en nos jours de déclin religieux, il faut en parallèle maîtriser les « moyens de distribution » technologiques, TV ou réseaux sociaux.) 

Cette idée que le charisme politique « repose fondamentalement sur une expérience religieuse » ne convainc pas forcément tout le monde. John G. Turner fait valoir dans la Los Angeles Review of Books que « des leaders comme Eisenhower ou Reagan débordaient de charisme sans qu’ils aient pour autant cherché à transmettre le moindre message transcendantal ». Les liens entre politique et religion demeurent mystérieux, même s’il faut se souvenir que dans « culte de la personnalité » il y a « culte » – et qu’en Corée du Nord, par exemple, la naissance des leaders vénérés est accompagnée de prodiges, qu’eux-mêmes font des miracles, qu’ils sont immortels, etc. Et puis Max Weber n’a-t-il pas postulé que lorsqu’une société se sécularise et se bureaucratise, les élans spirituels sont nécessairement redirigés vers d’autres domaines, notamment la politique ? Mais Molly Worthen n’en démord pas. Tout en reconnaissant « qu’il faut tolérer une certaine flexibilité dans la définition du charisme », elle affirme qu’en dépit du recul du religieux aux États-Unis, « les instincts spirituels des Américains d’aujourd’hui continuent à les orienter vers des leaders qui ont le don de proposer un projet transcendant ». Des leaders qui – sauf Kennedy et Reagan bien sûr – « sont par ailleurs dépourvus en général de charme physique et du moindre talent oratoire ». Ils sont hélas souvent dénués aussi de sens moral – moralité et transcendance ne marchant pas toujours de pair (voir le sulfureux gourou Maharaj Ji, fraudeur fiscal et prédateur sexuel). Cette regrettable déconnexion explique que le divin don du charisme amène au pouvoir aussi bien des libérateurs que de futurs tyrans. Voilà donc les Américains prévenus… 

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Qu’aurait pensé Herberto Helder de la biographie que vient de lui consacrer João Pedro George ? Le poète portugais a passé la deuxième partie de son existence de plus en plus reclus, fuyant la publicité et laissant planer le mystère autour de sa personne. N’aurait-il pas été contrarié à l’idée qu’on raconte sa vie ? Ce n’est pas tout à fait sûr. S’il refusait les demandes d’entretien, répugnait à être photographié et déclinait les honneurs, notamment le prestigieux prix Pessoa qui lui avait été attribué, c’est parce qu’il craignait qu’une notoriété bon marché ne fasse oublier ce qui seul comptait à ses yeux : son œuvre. Souvent présenté comme le plus important poète portugais de la seconde moitié du XXe siècle, et très étudié, il n’aurait pas à s’inquiéter à cet égard. Il était de surcroît lui-même un grand lecteur de biographies. « Les plus véridiques, disait-il même, sont celles qui sont rédigées lorsque les amis de la personne sont encore vivants, parce qu’elles permettent d’offrir un portrait sans complaisance, avec tous les défauts et toutes les qualités. » 

Le livre de João Pedro George satisfait pleinement ce critère. Pour l’écrire, son auteur a rencontré quelque 70 personnes qui ont connu le poète, dont sa veuve, qui l’a accompagné et soutenu durant ses quarante dernières années (il est mort à 84 ans), sa fille – son fils a refusé de collaborer à un projet qu’il aurait, selon lui, désavoué –, quelques-unes des très nombreuses femmes avec lesquelles il a eu des aventures et plusieurs de ses amis. Leurs témoignages sont cités quasiment in extenso, tout comme une grande quantité de lettres du poète, d’une remarquable qualité d’écriture et très éclairantes. Le procédé n’est pas sans inconvénient. L’ouvrage, très long (846 pages sans les notes – le texte initial en comptait le double), n’est pas exempt de répétitions et de contradictions, George se refusant à trancher entre les différentes interprétations de certains faits et préférant laisser les documents parler d’eux-mêmes. 

Herberto Helder est né à Funchal, capitale de l’île de Madère, en 1930. Il a toujours revendiqué avec fierté des origines juives qu’aucun document n’atteste, mais qui pourraient être authentiques : le Portugal ne manque pas de descendants de « nouveaux chrétiens » (juifs convertis), et sa mère portait un prénom juif. Cette femme est de loin la personne la plus importante de son enfance et sans doute de sa vie. Sa mort, lorsqu’il était âgé de 8 ans, le laissa d’autant plus dévasté qu’il s’en estimait responsable. Après la naissance de sa deuxième sœur, les médecins avaient fortement déconseillé à sa mère d’avoir un troisième enfant. Mais elle voulait un garçon. Son décès est attribué à une anémie consécutive à cette ultime grossesse. La figure de la mère ne cessera de hanter sa poésie.  

Il développa dès son enfance un amour profond de la nature et un intérêt pour les manifestations de l’irrationnel étrangères à la religion organisée, qu’il renia rapidement. À ses yeux, « les arbres, les plantes, les fleurs, les pierres, les collines, les montagnes, les abîmes, les ombres, les lumières cachaient une présence sacrée ». Il était très sensible « aux énigmes, aux mythes, aux légendes, aux prophéties, au discours biblique, à la religiosité populaire […], à la foi instinctive des paysans et des marins parlant de miracles, de fantômes et d’apparitions ». 

Ses relations avec son père durant son enfance n’étaient guère cordiales et restèrent toujours mauvaises. Une fois ses études secondaires terminées, après une brève période à Lisbonne essentiellement passée dans les cafés et les maisons de passe, il entra à l’université de Coimbra, pour étudier le droit, dit-il à son père, ce qu’il ne fit en réalité jamais : inscrit à la faculté de pédagogie, il bifurqua vers les lettres, la matière qui l’intéressait le plus. À Coimbra, les étudiants menaient une vie bohème de « misère sympathique », disait-on, largement arrosée. Elle ne l’empêcha pas de donner libre cours à ses ambitions littéraires. Dès sa jeunesse commencèrent à se manifester les traits qui allaient s’exprimer dans son œuvre : « son intérêt […] pour les vagabonds, les mendiants, les illettrés, les fous, les ivrognes, les prostituées (dont beaucoup étaient l’objet de son amitié et de son affection), et sa fascination un peu romantique et mystifiée pour les perdants, les étrangers, les excentriques, les personnages insolites ». Toute sa vie, des poètes maudits comme Rimbaud et Baudelaire, ou des personnalités étranges comme Alfred Jarry, continuèrent à l’inspirer.   

De retour à Madère, il fit son entrée sur la scène littéraire locale en publiant ses premiers poèmes. Il s’installa bientôt à Lisbonne, où il en publia de nombreux autres. Peu après la parution de son premier recueil, en 1959, bien que fraîchement marié, il quitta le Portugal en solitaire pour mener une vie itinérante et misérable à Paris, en Hollande et en Belgique, à Bruxelles et Anvers. Dans son ouvrage autobiographique en prose Les Pas en rond, il évoque cette existence nomade. Dormant n’importe où, il subsista grâce à une grande variété de petits métiers : ouvrier à l’usine des Forges de Clabecq, serveur dans une brasserie, chargé des polycopies dans une imprimerie, presseur de déchets de papier, coupeur de légumes dans un restaurant bon marché, rabatteur de marins auprès des prostituées du port d’Anvers. Les a-t-il vraiment tous exercés ? Ce qui est sûr est qu’après quelques mois, à bout de ressources et dans un état de grande détresse, il se fit rapatrier au Portugal aux frais de l’administration du consulat d’Anvers, qui lui réclama par la suite le remboursement des dépenses, qu’il dut acquitter. 

À Lisbonne existait un milieu littéraire nombreux et actif : toute une communauté d’écrivains, d’intellectuels, de critiques et de journalistes, dont quelques-uns seulement étaient connus en dehors des frontières du Portugal, qui s’observaient attentivement, se jalousaient souvent, commentaient élogieusement les œuvres de leurs amis ou se critiquaient impitoyablement. Ils se rencontraient pour d’interminables « tertulias » (discussions littéraires) dans une série de cafés où Helder a passé une partie considérable de son existence : le Café Gelo, le Monte Carlo, le Café Expresso, Toni dos Bifes et de nombreux autres. Dans le premier cité, le plus fameux, on trouvait notamment des personnes opposées au régime autoritaire d’António Salazar. Helder ne fut jamais un militant. Cela ne l’empêcha pas de retenir l’attention de la PIDE, la redoutée police politique du régime. Bien qu’il fût décrit comme présentant des « caractéristiques communistes », c’est pour des raisons liées aux bonnes mœurs qu’il fut inquiété à deux reprises. En 1968, il fut condamné pour avoir contribué à la publication d’un roman du marquis de Sade. À cette occasion, il ne se distingua guère par son courage, en acceptant d’indiquer à la police, qui l’ignorait, le nom du traducteur. Quelques mois plus tard, son livre Apresentação do Rosto (« Présentation du visage ») fut interdit par la censure pour obscénité. 

L’année suivante, il quittait à nouveau le pays pour s’installer en Angola, où il travailla durant quelque temps comme journaliste pour la revue Notícias. Au cours d’un reportage, il fut victime d’un très grave accident de voiture et faillit mourir. De retour à Lisbonne, il travailla successivement comme correcteur dans une maison d’édition et pour la radio nationale portugaise. À Luanda, il avait fait la connaissance de celle qui allait devenir sa deuxième femme après son divorce. Fille d’un blanc et d’une mulâtresse, sans prétentions intellectuelles mais dotée d’une forte personnalité, Olga fut sa compagne totalement dévouée durant ses quatre dernières décennies. Ils avaient opté pour un mariage ouvert, ce dont il profita doublement, étant porté sur le voyeurisme. 

João Pedro George consacre de nombreuses pages à la vie sentimentale et sexuelle d’Herberto Helder, qui est exceptionnellement remplie et extraordinairement complexe. Entre les liaisons durables, les passions intermittentes et les aventures éphémères, souvent conduites simultanément, on s’y perd presque. George justifie l’attention accordée à cet aspect de sa vie par la place qu’occupent l’érotisme et le sexe dans sa poésie, un peu comme dans certaines œuvres produites par le surréalisme, un mouvement auquel ses textes font souvent penser. Helder était un homme séduisant et séducteur, qui aimait beaucoup ses amis, dit un témoin, mais encore plus les femmes de ses amis. Mentant abondamment par omission, il compartimentait sa vie. Longtemps, les compagnons de ses journées ignorèrent l’existence d’Olga. Ils s’étaient installés à Cascais, sur la côte à quelques kilomètres de Lisbonne, où il se rendait chaque matin et menait sa vie dans les cafés, pour ne revenir que le soir à son domicile, où sa femme l’attendait. Il n’avait aucun sens de la responsabilité paternelle. En quittant le Portugal pour ses vagabondages dans le nord de l’Europe, il avait abandonné sa femme enceinte de sa fille. Et en partant en Angola, il avait laissé à Lisbonne son fils Daniel, qu’il avait eu d’une de ses maîtresses. 

Dans sa correspondance, il se présente régulièrement comme déprimé. Ce n’était sans doute pas toujours vrai au sens clinique, mais il était incontestablement de tempérament dépressif. Il était aussi hypocondriaque, convaincu qu’il mettait sa vie en danger s’il ne dormait pas huit heures par jour, fumeur compulsif, superstitieux, attaché à certains rituels, enclin à la phobie et hanté par l’idée de la mort. Son souci de la perfection littéraire tourna progressivement à l’obsession, l’encourageant à corriger ses poèmes à l’infini, y compris dans les ouvrages publiés : il existe aujourd’hui un marché pour les livres annotés de sa main, qui se vendent très cher. Les dernières années de sa vie, il ne quitta pratiquement plus sa maison de Cascais. Jamais, toutefois, il ne coupa complètement les ponts avec le reste du monde, comme J. D. Salinger ou Thomas Pynchon. Sa dévotion absolue envers son œuvre et son souci de la postérité le poussaient à garder des rapports avec ceux qui étudiaient ou critiquaient ses écrits, dont il cherchait à influencer le jugement lorsqu’il l’estimait erroné. 

Il est tentant de rapprocher Herberto Helder de la figure dominante de la poésie portugaise moderne, Fernando Pessoa. Entre les deux écrivains, les points communs ne manquent pas. Tous deux, observe George, étaient « fascinés par l’occultisme […], l’hermétisme de l’Égypte ancienne, la magie, l’alchimie, la cabale, l’astrologie, l’ésotérisme, le mysticisme, la théosophie, le spiritisme et même la chiromancie ». On trouve dans leurs écrits un certain nombre de thèmes identiques, qui les obsédaient : l’enfance, la folie, la souffrance comme source de création artistique, le sens de l’activité poétique et la nature même de la poésie. De leurs poèmes émane le même mélange d’intimité et de distance qui contribue à créer une impression d’impersonnalité. La poésie de Pessoa est toutefois plus intellectuelle et éthérée, celle d’Helder à la fois plus charnelle et physique, et plus rhétorique et baroque : « Elle abuse des comparaisons et des métaphores, emploie un vocabulaire qui se distancie de l’usage quotidien du langage tel qu’on le trouve dans les livres et les journaux, son style est plus abrupt et décousu, use des adjectifs d’une manière étrange et exaltée, établit des rapports étroits entre des mots sans la moindre relation de parenté apparente ». Dans la vie d’Helder comme dans celle de la plupart des poètes portugais contemporains, suggère João Pedro George, Pessoa se présentait en vérité comme une sorte de Némésis, un rival ou un adversaire effrayant auquel il est impossible de se mesurer en espérant sortir vainqueur de la confrontation. Il lui préférait le grand Camões, sans doute en partie parce qu’il est plus éloigné de lui dans le temps, et qu’il est donc plus difficile de les comparer. 

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TRUMPERIES – L’écrivain nigérian Wole Soyinka, premier Africain à recevoir le prix Nobel de littérature en 1986, a annoncé que le consulat américain à Lagos a annulé son visa de non-immigrant, lui demandant de remettre son passeport pour la procédure, au motif que « de nouvelles informations » avaient émergé après la délivrance. À 91 ans, Soyinka ironise sur cette mesure, se disant « très satisfait » et invitant les institutions à ne plus le convier aux États-Unis puisqu’il se considère « interdit d’entrée ». Il relie cette décision à ses critiques publiques de l’ex-président Donald Trump, qu’il avait comparé au dictateur ougandais Idi Amin Dada, et à un contexte plus large de durcissement des visas pour les Nigérians.

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LIBRAIRIA – Une charte éthique vient d’être adoptée par la European and International Booksellers Federation (EIBF) afin d’encadrer l’usage de l’intelligence artificielle dans le secteur du livre. Elle pose 11 principes visant à préserver la créativité humaine, la transparence des algorithmes et la protection des droits d’auteur. L’organisation insiste sur le fait que l’innovation technologique ne doit pas se substituer aux métiers du livre, mais les accompagner, dans le respect de valeurs culturelles et humaines.

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FRANCE-EGYPTE – Un accord inédit entre le Groupe Madrigall (via sa filiale des Éditions Gallimard) et l’égyptien Diwan Publishing permet l’impression locale au Caire d’une sélection de vingt-trente titres de la collection poche Folio. Grâce à ce dispositif, les importations coûteuses sont réduites et les ouvrages sont accessibles en Égypte à des prix compris entre 3 € et 10 €, rendant la littérature française plus abordable. Le catalogue composé de classiques et de textes contemporains vise à répondre à l’absence d’éditeur francophone local et à relancer un marché affecté par des dévaluations monétaires prolongées.

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BEL PAESE – Une nouvelle initiative dans la région du Latium accorde à chaque résident de moins de trente ans — ainsi qu’aux élèves — un bon de 10 € à utiliser chez les libraires et exposants pour l’achat de livres. Ce dispositif vise à encourager la lecture, promouvoir la culture citoyenne et renforcer la cohésion sociale, en positionnant l’accès à l’écrit comme un levier d’émancipation.

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LE BON DOCTEUR – Un manuscrit jusqu’ici inconnu de Dr. Seuss, intitulé Sing the 50 United States!, a été découvert dans les archives de la bibliothèque Geisel Library de l’université de Californie à San Diego. Cette œuvre complète — la première depuis What Pet Should I Get? en 2015 — invite les jeunes lecteurs à nommer les cinquante États en rime, dans le style ludique de l’auteur. Prévue pour le 2 juin 2026, sa sortie coïncide avec le 250e anniversaire des États-Unis, et s’accompagne d’un tirage initial de 500 000 exemplaires ainsi que d’un programme de distribution à destination des élèves américains.

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LONDON CALLING – Basée à Londres, la librairie Dar al-Taqwa, ouverte en 1985 par l’éditeur Samir el-Atar, est aujourd’hui menacée de fermeture. Située face à la station Baker Street et fondée pour pallier le manque d’ouvrages islamiques accessibles au Royaume-Uni, elle demeure un repère pour chercheurs, étudiants et convertis. Toutefois, la diminution de clients en boutique et la montée des achats en ligne fragilisent son activité, et une campagne de dons a été lancée pour éviter sa disparition.

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Sur le marché du catastrophisme, la concurrence est vive, mais les acteurs sincères. Ainsi de l’Américain tourmenté Roy Scranton, né en 1976, déjà auteur d’un « Apprendre à mourir dans l’Anthropocène » (2015) et de « Nous sommes condamnés. Et maintenant ? » (2018). Son non moins ténébreux « Impasse » prolonge cette réflexion. Comme la plupart des catastrophistes, Scranton est obsédé par le changement climatique, passant sous silence ou minimisant d’autres motifs d’inquiétude légitime. La catastrophe est certaine, puisque même les moyens de la contrer vont contribuer à la précipiter, soutient-il. Le progrès est une illusion et l’optimisme un biais cognitif qui fausse les perspectives.

Mais si le monde est foutu, tout n’est pas perdu. Il existe peut-être une planche de salut, un ultime recours : le « pessimisme éthique ». Sans plus d’illusions sur notre sort, qui est scellé, acceptons notre lot d’êtres souffrants et donnons du sens à une vie qui reste possible en développant nos facultés de compassion et notre attachement à l’équité. Le pessimisme ainsi compris « consiste à embrasser un espoir radical et paradoxal : celui que la vie pourrait encore valoir d’être vécue après la fin du monde ».  

« La prose de Scranton est érudite et dense, elle produit de longues phrases qui serpentent dans la philosophie, l’histoire et les études en sciences sociales », écrit la journaliste new-yorkaise Rhoda Feng dans le Times Literary Supplement. Elle est séduite par les idées de l’auteur, mais si « pour un lecteur patient, l’effet est immersif, cela risque de détourner ceux qui sont en quête d’une argumentation rationnelle ou de préconisations politiques claires ». 

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