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La justice iranienne a infligé une nouvelle peine à Narges Mohammadi, militante des droits humains et lauréate du prix Nobel de la paix 2023. Arrêtée à Mashhad le 12 décembre, elle a été condamnée à six ans de prison pour « rassemblement et collusion » et à un an et demi supplémentaires pour « activités de propagande », assortis d’une interdiction de quitter le pays pendant deux ans. Ces sanctions s’ajoutent à un exil intérieur dans la ville de Khusf. Cette décision illustre le durcissement de la répression visant la militante.

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En Inde, à Ghaziabad, dans l’Uttar Pradesh, une opération conjointe du NCERT et de la Crime Branch de Delhi a permis de démanteler une imprimerie clandestine. Les forces de l’ordre ont saisi près de 32 000 manuels scolaires contrefaits couvrant plusieurs niveaux et disciplines. Cette intervention s’inscrit dans la lutte contre la production illégale de manuels destinés au marché éducatif, très répandue dans la région du Delhi–NCR. Les autorités cherchent à enrayer un trafic qui fragilise l’édition scolaire officielle.

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À Larnaca, à Chypre, une série de cambriolages a visé cinq commerces en l’espace de neuf jours, dont deux librairies. Les vols, survenus entre le 16 et le 25 janvier, ont également touché des cafés et un salon de coiffure. Les malfaiteurs ont privilégié des objets faciles à emporter et à revendre, sans effraction spectaculaire. Les autorités poursuivent leur enquête et appellent les commerçants à renforcer la sécurisation de leurs locaux.

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Dans l’État du Maine, un projet de loi vise à encadrer les interventions de l’ICE dans les bibliothèques publiques. Le texte entend classer ces établissements parmi les lieux sensibles et impose la présentation d’un mandat judiciaire pour toute entrée ou consultation de données. Soutenue par la gouverneure Janet Mills, la mesure est appuyée par les bibliothécaires et plusieurs organisations, qui souhaitent préserver les bibliothèques comme espaces sûrs d’accès à l’information et aux services publics.

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Au Portugal, la tempête Kristin a profondément affecté le fonctionnement de nombreuses bibliothèques. Coupures d’électricité, fermetures temporaires et difficultés d’accès ont contraint certains établissements à se réorganiser. Plusieurs ont été mobilisés comme lieux de soutien pour les populations touchées, offrant recharge d’appareils, accès à Internet et informations pratiques. Dans les zones placées en état de calamité, ces bibliothèques ont temporairement quitté leur rôle culturel pour répondre aux besoins immédiats des habitants.

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[post_title] => La revue de presse d'ActuaLitté [post_excerpt] => [post_status] => publish [comment_status] => open [ping_status] => open [post_password] => [post_name] => la-revue-de-presse-dactualitte-14 [to_ping] => [pinged] => [post_modified] => 2026-02-12 19:49:20 [post_modified_gmt] => 2026-02-12 19:49:20 [post_content_filtered] => [post_parent] => 0 [guid] => https://www.books.fr/?p=133757 [menu_order] => 0 [post_type] => post [post_mime_type] => [comment_count] => 0 [filter] => raw )
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Lancée quelques mois avant les attentats du 11 septembre, l’encyclopédie en ligne fête ses 25 ans. C’est une réussite extraordinaire, à plus d’un titre. La version en anglais (de loin la meilleure) compte plus de 7 millions d’articles, contre 100 000 pour la version numérique de la Britannica. Dix-huit versions dans d’autres langues comptent chacune plus d’un million d’articles. Mais bien sûr le plus étonnant est que dans un monde qui semble plus que jamais voué à l’argent, miné par le désir d’intoxiquer son prochain, un monde où le drapeau de la confiance dans les institutions est en berne, cet énorme réseau fait figure d’exception absolue. C’est une entreprise à but non lucratif fondée sur le volontariat et la coopération, animée d’un authentique souci de vérité ou du moins de vérifiabilité, destinée, écrit son fondateur Jimmy Wales, à construire « un monde où toute personne sur la planète se voit offrir un accès libre à la somme de tout le savoir humain ». 

Bien sûr cela ne marche pas partout (la Chine en interdit l’accès) et n’est pas du goût de tout le monde. Elon Musk, avec qui Wales dit entretenir de bonnes relations, tourne en dérision ce qu’il nomme (après d’autres) « Wokepedia » et entend lui opposer un concurrent fondé sur l’IA. Que sur les sujets sensibles l’encyclopédie penche discrètement vers la gauche ne fait guère de doute, mais ses administrateurs font ce qu’ils peuvent pour que les articles ne paraissent pas biaisés, et l’exigence de sourcer toute information permet au lecteur de se faire sa religion – notamment quand la source lui paraît sujette à caution. De fait, comme l’a dit plaisamment à Wales la créatrice de mode Diane von Fürstenberg, « nous utilisons Wikipédia plus souvent que nous faisons pipi ».

La grande question est de savoir si l’encyclopédie, comme le prédit Elon Musk, est menacée par l’IA. « Je ne pense pas », répète Wales à ceux qui l’interrogent. « Je pense que nous sommes bien davantage menacés par la montée de l’autoritarisme, les gouvernements, les régulations » qui entendent faire obstacle au « libre partage des idées ». Oui, mais l’IA elle-même, celle exploitée pour fournir de l’information, n’est-elle pas largement fondée sur le pillage de Wikipédia ? À cette question, posée par deux ténors de The Economist, Wales répond que pour l’instant, à l’exception de quelques articles, cela n’a guère affecté l’audience du réseau et qu’à l’avenir les gens, tout en ayant recours à l’IA, garderont leur préférence pour une encyclopédie modérée par des humains. C’est une question de « confiance », insiste-t-il (d’où le titre de son livre). Au contraire, il voit dans l’IA « une possibilité d’améliorer Wikipédia ». Il se décrit, il est vrai, comme un « optimiste pathologique ».

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Les chevaliers teutoniques ont plutôt mauvaise presse. C’étaient des brutes épaisses surgissant dans les brumes nordiques pour massacrer brutalement des paysans en haillons pratiquant des cultes attardés au fond de forêts de conifères, puis mettre en coupe réglée les territoires ainsi obtenus. Or ces Teutons-là étaient des soldats du Christ, et leurs expéditions militaires étaient, officiellement et initialement du moins, d’authentiques croisades bénies par le pape et assorties de tous les avantages spirituels de rigueur. « Mourir en croisade étant la chose la plus proche de la sainteté », les courageux chevaliers tombés au pieux combat bénéficiaient d’une « indulgence plénière » leur permettant d’aller directement au paradis sans passer par le sas de décontamination du purgatoire.

L’Ordre, né en Terre Sainte (en 1190 à Saint-Jean-d’Acre), avait en effet pour sainte mission d’apporter secours hospitalier et protection aux pèlerins venus du Nord de l’Europe ; et ses membres étaient de quasi-moines (cisterciens), soumis à quasiment toutes les obligations spirituelles et autres, notamment la chasteté. Mais nos chevaliers à la croix noire (sur fond blanc) – tout comme leurs confrères à la croix rouge (les Templiers) ou à la croix blanche (les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem qui deviendraient plus tard l’Ordre de Malte) voire ceux à la croix verte (opérant dans la péninsule Ibérique au bénéfice des lépreux et au détriment des Arabes) – ont rapidement ripé du spirituel-humanitaire au militaire pur et surtout dur. De la protection des chrétiens en voyage ils ont passé en moins d’un siècle (le XIIIe) à celle des chrétiens vivant aux marges de la chrétienté européenne, ce qui impliquait de christianiser leurs voisins, des païens (du latin paysan) perçus comme « de rustiques naïfs, des simples d’esprit vivant dans les campagnes à l’extrême opposé du spectre de la civilisation urbaine » écrit Aleksander Pluskowski, un archéologue britannique féru « d’histoire culturelle ».

À vrai dire la stratégie n’était pas nouvelle ; Charlemagne avait déjà passé une bonne partie de son règne à batailler contre les Saxons polythéistes. Mais avec les chevaliers teutoniques s’est enclenché ce que l’on hésite à appeler un cercle vertueux : d’abord, conquête de nouveaux territoires ; d’où richesse et puissance politique ; d’où augmentation de la puissance militaire – hommes, chevaux, armes de dernier cri ; d’où nouvelles conquêtes, et ainsi de suite. Sous couvert de jihad chrétien – alias « ecclesia militans » en bon latin – tous ces chevaliers en croisade qui s’efforçaient d’agrandir « le Vignoble de Dieu » élargissaient du même coup leur pré carré. L’Église n’était pas dupe – en tout cas pas Bernard de Clairvaux, qui bénit en 1147 la croisade contre les Wendes, des païens slaves, d’un retentissant « Convertantur aut deleantur » (« Qu’ils se convertissent ou qu’ils périssent »). Avec le remarquable Hermann von Salza, grand maître de l’Ordre au début du XIIIe siècle, celui-ci allait franchir un grand pas : la papauté et le Saint-Empire romain germanique autoriseraient l’établissement d’une souveraineté teutonique sur les terres conquises (pardon, rattachées à la chrétienté). Hermann put mettre alors en place une administration rigoureuse quoique volontiers bureaucratique et parsemer les nouveaux territoires de forteresses spectaculaires qui feraient grande impression tant sur les peuplades locales (elles ne connaissent guère que les abris en bois) que sur les touristes d’aujourd’hui. Les conversions obtenues à la pointe de l’épée ou par le prestige de la truelle n’étaient d’abord pas bien sincères. Sitôt baptisés, les catéchumènes se précipitaient dans la rivière voisine pour se laver de l’eau baptismale ; et l’on continuerait longtemps à sournoisement aller dans les bois vénérer les vieux arbres sacrés. Mais à une époque où le reste de l’Europe vivait dans les épidémies et les tumultes de tout genre, les régions teutonisées allaient prospérer d’autant plus que la Ligue hanséatique viendrait bientôt épauler commercialement les soldats du Christ.

Ce « christianisme militarisé » durera jusqu’au XVIe siècle, car les dissensions au sein des royaumes conquis devenus catholiques et surtout la Réforme auront raison des chevaliers. Mais leur marque sur les pays baltiques et sur l’Europe tout entière est aussi indélébile que leurs indestructibles forteresses. Ce sont eux qui ont permis à l’Allemagne de s’étendre loin vers le nord et la Baltique, et (moins loin) vers l’est et l’Europe centrale. Le XIXe siècle les remettra au goût du jour – exaltation du pangermanisme, Wagner et Parsifal, etc. – tandis que le XXe reprendra à son compte le combat contre « les barbares de l’Est ». La croix noire teutonique reprendra du service sous le Deuxième Reich comme symbole de valeur militaire, la Croix de fer ; et peut-être même sous le Troisième Reich, dissimulée dans les complexifications pseudo aryennes de la swastika. Himmler souhaitera créer « un nouvel ordre de chevalerie germanique » – les SS !

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Comme en témoigne le récent assassinat d’Alain Orsoni en Corse, les tueurs à gages existent, on en rencontre. Dans le dernier roman de sa « trilogie du sicaire sans nom », le personnage campé par Víctor del Árbol finit par donner son nom. C’est qu’après une dernière mission, celle d’éliminer trois personnes (pas moins) pour son client Orestes, il rêve de se réconcilier avec sa sœur et d’acheter un ranch pour devenir éleveur, loin de la violence. Un désir de rédemption plutôt rare chez les tueurs à gages. 

Il a rencontré Clara Fité, journaliste d’investigation, et passé huit mois avec elle dans un village isolé de la côte italienne, sans lui révéler son nom. De retour à Barcelone après cette idylle, elle plonge dans un passé ténébreux, bien décidée à élucider la disparition en 1992 de deux jeunes frères dont les corps n’ont pas été retrouvés. Leur père, Juan Carlos Vera, vient de sortir de prison après vingt ans d’enfermement pour un crime qu’il n’a pas avoué. Clara ignore encore que le carnet crypté qu’elle a dérobé au tueur à gages, avant de le quitter, scellera le destin de tous les personnages.

Elle découvre un réseau tentaculaire de corruption immobilière, où se mêlent crime organisé, secrets d’État et intérêts inavouables. Au centre de cette toile d’araignée se dresse le quartier de La Montaña, convoité par des spéculateurs sans scrupules qui rêvent d’en faire une cité luxueuse. La découverte d’un retable du XIIIe siècle, caché dans l’ermitage local, enflamme les convoitises et révèle les sombres alliances entre l’Église, les crypto-monnayeurs et le pouvoir. L’art sacré devient le symbole d’une hypocrisie généralisée, où chacun cache ses motivations derrière de nobles apparences, les « nobles intentions » qui font le titre du livre.

« Le grand mensonge est de penser qu’il faut accepter un moindre mal pour un plus grand bien, confie Del Árbol au site Cadena SER. C’est faux et d’un cynisme incroyable. »

Actes Sud a publié le premier volet de cette trilogie et va publier le second, Temps des bêtes féroces, en mars.

[post_title] => Un tueur à gages veut prendre sa retraite [post_excerpt] => [post_status] => publish [comment_status] => open [ping_status] => open [post_password] => [post_name] => un-tueur-a-gages-veut-prendre-sa-retraite [to_ping] => [pinged] => [post_modified] => 2026-02-12 19:36:35 [post_modified_gmt] => 2026-02-12 19:36:35 [post_content_filtered] => [post_parent] => 0 [guid] => https://www.books.fr/?p=133744 [menu_order] => 0 [post_type] => post [post_mime_type] => [comment_count] => 0 [filter] => raw )
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Chaque fois que vous allumez votre portable ou votre ordi, que vous changez la pile d’un jouet de votre enfant ou que vous démarrez votre voiture électrique, vous alimentez sans le savoir, ou peut-être en le sachant, une chaîne d’approvisionnement au bout de laquelle suent et s’usent enfants et quasi-esclaves.

Nicolas Niarchos est le petit-fils du célèbre armateur grec, nous apprend Jeevan Vasagar dans The Observer. Il fait patrie d’une espèce en voie d’extinction, les journalistes qui paient de leur personne en allant enquêter sur place, pour voir de leurs yeux, en prenant des risques. Niarchos est un grand connaisseur du Congo, l’ex-Congo belge. Pour avoir un peu trop fouillé les conditions dans lesquelles le lithium de nos batteries est récolté, il a été arrêté dans le bar d’un hôtel de Lubumbashi, la deuxième ville du Congo, rapporte Chris Stokel-Walker dans Nature. Embarqué dans un avion pour Kinshasa, il y a été détenu et interrogé avant d’être expulsé du pays. Car les conditions sordides dans lesquelles sont souvent (pas toujours, faut-il croire) extraits les métaux rares qui alimentent nos batteries, lithium et cobalt en tête, sont protégées tant par l’État congolais que par les entreprises qui les exportent, essentiellement vers la Chine, pour être traités. « Le Congo est l’exemple phare du modèle “extractif” de gouvernance d’État (c’est-à-dire corrompu, autocratique et écologiquement irresponsable) décrit par Daron Acemoğlu et James Robinson dans Pourquoi les nations échouent », écrit Martin Vander Weyer dans la Literary Review. Il précise que les autorités congolaises n’ont laissé partir Niarchos qu’à la condition qu’il signe un engagement de ne jamais rapporter ce qu’il a vu dans le pays. Le journaliste a signé mais pas honoré son engagement. Il a été entendu par une commission du Congrès qui s’intéresse aux conditions d’extraction des minéraux qui entrent dans la composition des batteries.

La batterie est au cœur de la révolution énergétique en cours, mais pas seulement : c’est elle qui alimente les drones de la guerre en Ukraine. Elle alimente peut-être aussi les poches profondes de Donald Trump. En échange d’une trêve négociée entre le Rwanda et le Congo, ce dernier a cherché à prendre des intérêts dans une compagnie minière congolaise. En signant l’accord de paix (non respecté), le président américain a déclaré : « Il y a une incroyable richesse dans cette terre magnifique ». 

[post_title] => La sale filière de nos batteries [post_excerpt] => [post_status] => publish [comment_status] => open [ping_status] => open [post_password] => [post_name] => la-sale-filiere-de-nos-batteries [to_ping] => [pinged] => [post_modified] => 2026-02-12 19:31:35 [post_modified_gmt] => 2026-02-12 19:31:35 [post_content_filtered] => [post_parent] => 0 [guid] => https://www.books.fr/?p=133741 [menu_order] => 0 [post_type] => post [post_mime_type] => [comment_count] => 0 [filter] => raw )
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La Renaissance, les « grandes découvertes » et la révolution scientifique sont autant de moments clés de l’entrée de l’Europe occidentale dans la modernité. Respectivement définis par la naissance de l’humanisme, les premiers longs voyages d’exploration sur les océans et l’essor de la science expérimentale, ces épisodes historiques, avant d’impliquer l’ensemble du continent, se sont amorcés dans trois régions différentes : l’Italie pour l’humanisme, les pays du Nord, plus particulièrement l’Angleterre, pour la science expérimentale et, en ce qui concerne les grandes découvertes, la péninsule Ibérique. C’est sur les côtes espagnoles et portugaises que les premiers bateaux européens ont largué les amarres et hissé les voiles pour s’aventurer sur des mers inconnues. 

Onésimo Teotónio Almeida est bien conscient des difficultés que suscite le terme de « découvertes », une bonne partie des territoires « découverts » étant en réalité habités : « L’Europe occidentale a découvert qu’il existait d’autres mondes au-delà d’elle-même ; ce furent des découvertes du point de vue européen. » Il sait aussi parfaitement que ces voyages d’exploration étaient avant tout des entreprises à finalité économique et commerciale, souvent animées par des ambitions de conquête territoriale. Dans O Século dos Prodígios, livre qui rassemble des textes publiés au cours des quatre dernières décennies, il n’entend pas étudier ces aspects. Son objectif est de montrer que l’âge des grandes expéditions fut aussi une période de découvertes scientifiques – qu’elles aient rendu ces voyages possibles ou en aient résulté – et que celles-ci furent en grande partie le fait de savants portugais.

Cette réalité n’est pas appréciée à sa juste mesure, déplore-t-il. Les historiens portugais ont souvent exagéré l’importance des grandes découvertes dans la naissance de la science moderne. À l’inverse, leurs confrères anglo-saxons l’ont généralement ignorée. Autant et même davantage qu’une histoire de la science portugaise durant cette période, le livre est donc une histoire critique de la perception dont cette histoire a fait l’objet. À côté des savants de l’époque, Almeida cite abondamment les historiens des sciences. Parmi les auteurs portugais coupables d’avoir surestimé le rôle joué par leurs compatriotes, il commente par exemple les vues de l’historien Joaquim Barradas de Carvalho. 

Le régime d’António Salazar, sous lequel ce dernier a vécu, exaltait le passé impérial du Portugal, mais Carvalho était un militant communiste opposé à l’Estado Novo et ses idées trouvent leur origine ailleurs. Elles s’appuient sur les vues du philosophe marxiste français Louis Althusser. La science portugaise de cette époque, affirme-t-il, et elle seule, a opéré une véritable « coupure épistémologique », en opposant l’expérience à l’autorité comme source des connaissances et en encourageant la mathématisation du réel grâce à l’utilisation des chiffres arabes. La valeur de l’expérience, remarque Almeida, avait toutefois déjà été proclamée par des auteurs de la fin du Moyen Âge comme l’Anglais Roger Bacon. Et si l’introduction de la numérotation arabe, en même temps qu’elle facilitait le commerce, a eu un impact bénéfique considérable sur le travail scientifique, elle s’est produite en même temps partout en Europe, sans marquer de véritable rupture. À la vision dogmatique de Carvalho Almeida oppose celle d’autres historiens portugais qui ont mieux situé les travaux de leurs compatriotes dans le contexte de ce qui se passait ailleurs en Europe au même moment, ainsi que dans la continuité du progrès des connaissances de la fin du Moyen Âge à l’âge des Lumières. 

Pour l’essentiel, la contribution des savants portugais du XVIe siècle est liée aux sciences et aux techniques de la navigation. Celles-ci se sont développées à la faveur des premières excursions maritimes dans l’Atlantique lancées à l’initiative du roi Henri le Navigateur et se sont considérablement perfectionnées dans le prolongement des grandes expéditions qui les ont suivies : celles de Diogo Cão, qui a découvert l’embouchure du fleuve Congo en 1482 ; Bartolomeu Dias, le premier à avoir doublé le cap de Bonne-Espérance, en 1488 ; Vasco de Gama, qui a atteint les Indes en traversant l’océan Indien en 1498 ; Pedro Álvares Cabral, découvreur du Brésil en 1500 ; Afonso de Albuquerque, arrivé en Malaisie en 1511. Sans oublier Fernand de Magellan, Portugais entré au service de l’Espagne, qui après avoir contourné l’Amérique du Sud par le détroit qui porte à présent son nom, traversa le Pacifique et débarqua aux Philippines en 1521.  Après sa mort dans une bataille avec des autochtones, un de ses officiers, Juan Sebastián Elcano, ramena un des bateaux de la flotte à Séville en contournant l’Afrique, réalisant, sans que cela ait jamais été le but du voyage, le premier tour du monde.

Les constructeurs portugais améliorèrent deux types de navires utilisés au Moyen Âge, la caravelle et la caraque. Aux savants, on doit notamment l’adaptation à son usage en mer de l’astrolabe, instrument de mesure de la hauteur du Soleil et des astres au-dessus de l’horizon permettant d’estimer l’heure et la latitude du lieu. Les cartographes ont établi de nombreux portulans, cartes marines conçues pour le cabotage à proximité des côtes. Comme la plupart des historiens, Almeida conteste l’existence d’une « École de Sagres » qui aurait été constituée par Henri le Navigateur après que ses troupes se furent emparées de Ceuta au Maroc. Il souligne par contre le rôle déterminant joué quelques années plus tard par quelques savants familiers des problèmes de la navigation, dont certains se connaissaient : Fernando Oliveira, cartographe et ingénieur naval ; João de Castro, réputé pour la rigueur et la précision de ses mesures hydrographiques et astronomiques et la découverte de perturbations locales du champ magnétique terrestre ; Pedro Nunes, mathématicien à qui on doit la définition de la trajectoire loxodromique sur une sphère, qui coupe tous les méridiens du globe terrestre sous le même angle et correspond à une route qu’on peut tenir sans changer de cap ; Garcia de Orta, médecin, herboriste et naturaliste, qui étudia à Goa et Bombay les propriétés des plantes médicinales ; et Duarte Pacheco Pereira, un des premiers Européens à avoir étudié scientifiquement les relations entre les marées et les phases de la Lune, auteur du livre de navigation Esmeraldo de Situ Orbis, un inventaire des connaissances de toute nature sur les terres découvertes par les Portugais qui ne sera publié qu’au XIXe siècle. 

Tous ces hommes, souligne Almeida, défendaient une conception du savoir basée sur l’observation et l’expérimentation. Leurs travaux les plus théoriques étaient liés aux problèmes pratiques auxquels ils se trouvaient confrontés au cours de leurs voyages. Duarte Pacheco Pereira et João de Castro dialoguaient constamment avec les marins. Pedro Nunes lui-même, qui ne quitta jamais la péninsule Ibérique, était en contact étroit avec le monde de la navigation.  

Lisbonne, à l’époque où ils exerçaient leurs talents, était un centre d’attraction pour toute l’Europe. Leurs travaux n’ont cependant jamais débouché sur de grandes percées théoriques comparables aux découvertes de Copernic, Kepler, Isaac Newton ou Robert Boyle. Inspirés par une vision de la connaissance qui renouait avec l’empirisme d’Aristote et de Galien et dont on trouve des échos chez le poète Camões et le philosophe Francisco Sanches, ils participaient toutefois de l’esprit qui allait s’exprimer pleinement dans la révolution scientifique du XVIIe siècle, dans une histoire faite de continuités autant que de discontinuités. 

Pour quelles raisons l’historiographie ne leur accorde-t-elle pas plus de place ? À quelques exceptions près comme les Américains George Sarton et Daniel Boorstin, les historiens des sciences et de la connaissance anglo-saxons (A. C. Crombie, David Wootton, Anthony Grafton) n’ont pas fait grand cas de la science portugaise de l’époque des découvertes. Parmi ceux qui ont pris le mieux la mesure de ses richesses, Onésimo Téotonio Almeida mentionne un italien, Carlo Cipolla, un Hollandais, Reijer Hooykaas, et le Portugais Luís de Albuquerque. Le peu de familiarité de la majorité des historiens avec les sources originales dans une langue relativement peu connue, dit-il, et le fait que les quelques travaux sur le sujet ont été mal diffusés expliquent le manque de visibilité de cet épisode.  

On peut aussi se demander pour quelle raison le dynamisme de l’activité scientifique au Portugal à l’âge des découvertes s’est interrompu au bout de quelques décennies. Comme les Espagnols, les penseurs portugais se sont interrogés sur le médiocre niveau de développement scientifique et technique de leur pays au XIXe siècle. De nombreuses causes ont été avancées, des effets tardifs de l’Inquisition à l’esprit de la Contre-Réforme en passant par la mentalité provinciale et l’exode des Juifs sommés de se convertir par le roi Manuel 1er. Dans un texte longuement commenté par Almeida, le philosophe Sant’Anna Dionísio invoque un mystérieux « caractère ibérique » fait d’un mélange de faible capacité de concentration, de goût pour le brio, de tendance au mysticisme et d’orgueil, dans des termes rappelant la manière dont, chacun dans son style, Miguel de Unamuno et José Ortega y Gasset décrivent le caractère hispanique. 

Si des facteurs psychologiques et culturels ont pu jouer, les succès de la science appliquée au Portugal à l’époque des découvertes attestent en tous cas qu’ils n’exercèrent pas leurs effets tout au long de l’histoire du pays. Des éléments de nature économique et politique doivent être pris en compte pour expliquer les phases d’épanouissement et de déclin. En l’absence de déterminisme culturel, il n’y a pas de fatalité. Au début du livre, Almeida reconnaît d’ailleurs que les pages consacrées à l’analyse de Sant’Anna Dionísio, qu’il a écrites il y a 35 ans, ont aujourd’hui perdu de leur actualité, compte tenu de la vitalité de la recherche scientifique au Portugal au cours des dernières décennies. 

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Après plus d’un an de silence, Neil Gaiman, auteur de Sandman et American Gods, publie une déclaration vigoureuse affirmant que les accusations d’agressions sexuelles portées contre lui sont fausses et constituent, selon lui, une « campagne de diffamation ». Il dit détenir des preuves contredisant ces allégations, tout en soulignant l’impact médiatique et professionnel de l’affaire, qui a suspendu une adaptation télévisée et fait perdre des collaborations à l’auteur. 

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Un député du Rassemblement national a déposé une proposition de loi pour instaurer une classification par âge des ouvrages jeunesse, avec pictogrammes et mentions imprimés sur les couvertures. L’initiative s’inspire des systèmes du cinéma et des jeux vidéo, mais suscite l’opposition d’éditeurs et d’auteurs qui estiment que cela porte atteinte à la liberté de création et peut conduire à des dérives normatives. 

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En Chine, le livre ne disparaît pas, mais la pratique de la lecture traditionnelle est confrontée à la domination des formats courts et des vidéos rapides sur les écrans. Si les ventes ne chutent pas drastiquement, le temps de lecture et l’attention des lecteurs évoluent vers des contenus ultra rapides, contraignant libraires et éditeurs à repenser la place du livre face à l'algorithme et au scroll continu. 

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Le site Bato.to, considéré comme le plus grand site de piratage de mangas au monde, a été démantelé, entraînant l’arrêt de dizaines de sites miroirs tels que xbato.com ou mangapark.io. Cette fermeture intervient après une opération coordonnée entre éditeurs japonais, partenaires chinois et la police, suite à une perquisition dans la région autonome du Guangxi. 

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Face à la gentrification à Madrid, des librairies comme Tipos Infames ferment leurs portes, subissant l’augmentation des loyers, le tourisme de masse et la transformation des quartiers. Ce phénomène redessine le commerce du livre, obligeant certains acteurs à capituler ou à migrer, alors que la dynamique urbaine privilégie d’autres types de commerces, au détriment des librairies indépendantes. 

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[post_title] => La revue de presse d'ActuaLitté [post_excerpt] => [post_status] => publish [comment_status] => open [ping_status] => open [post_password] => [post_name] => la-revue-de-presse-dactualitte-13 [to_ping] => [pinged] => [post_modified] => 2026-02-05 16:40:26 [post_modified_gmt] => 2026-02-05 16:40:26 [post_content_filtered] => [post_parent] => 0 [guid] => https://www.books.fr/?p=133700 [menu_order] => 0 [post_type] => post [post_mime_type] => [comment_count] => 0 [filter] => raw )
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« Il est difficile de ne pas conclure que la bataille n’est pas déjà perdue et que, d’ici une ou deux générations, une Chine implacable, hypernationaliste, brutalement mercantile et inexorablement revanchiste mettra le monde à genoux », écrit Tunku Varadarajan dans le Wall Street Journal. Sa force de frappe : ses ingénieurs, détaille Dan Wang dans un livre qui fait frémir les Américains. Né en Chine, émigré aux États-Unis mais souvent revenu dans son pays, où il a vécu la répression aveugle orchestrée pendant les trois années de Covid, Dan Wang dresse un tableau impressionnant des prouesses industrielles d’un pays qui domine désormais à peu près toutes les technologies de pointe, a construit un réseau autoroutier deux fois grand comme celui des États-Unis, un réseau de trains à grande vitesse quinze fois plus étendu que celui du Japon et produit presque autant de centrales solaires et d’éoliennes que le reste du monde, résume The Economist. La Chine est devenue un « État d’ingénieurs », écrit Dan Wang. Et cela continue. En 2022, 35 % des étudiants chinois en master étaient en ingénierie, contre seulement 11 % des étudiants américains.  

L’auteur ne manque pas de souligner le revers de la médaille. Donner les coudées franches aux ingénieurs, une obsession partagée par Xi Jinping, peut aboutir à des décisions absurdes, comme celle d’avoir naguère confié à un célèbre ingénieur spatial le soin de définir la politique de l’enfant unique, qui a abouti à 321 millions d’avortements, à la stérilisation de 108 millions de femmes et a contribué à une dégringolade démographique qui désormais obère l’avenir. 

La compétition radicale qui oppose désormais les deux premières puissances de la planète dissimule pourtant une réalité rarement observée, ajoute Dan Wang. C’est que les deux peuples se ressemblent étrangement : « Le sang d’un matérialisme souvent grossier coule dans les veines des deux pays, produisant parfois une vénération pour les entrepreneurs à succès, créant parfois l’étalage d’un extrême mauvais goût, contribuant à un esprit de vigoureuse compétition. Ils ont un penchant pour “faire le job” qui produit parfois un résultat hâtif. Les deux pays regorgent d’escrocs qui vendent leurs recettes, spécialement en matière de santé et de richesse. Les deux peuples ont un faible pour le technologiquement sublime : la passion de grands projets qui repoussent les limites physiques. Les élites américaines et chinoises sont souvent en porte à faux par rapport aux vues politiques de la population générale. Mais les masses et les élites se retrouvent dans leur foi d’incarner une nation de puissance sans égale, en droit d’imposer sa volonté si des pays plus petits ne rentrent pas dans la ligne. »

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Plus de 125 000 personnes sont portées disparues au Mexique, la grande majorité depuis 2007 – dont beaucoup de mineurs. Dû à la prégnance des cartels de la drogue, le problème s’est encore accentué ces dernières années. Depuis que Claudia Sheinbaum a pris ses fonctions en octobre 2024, quelque 14 000 personnes ont disparu, soit 20 % de plus qu’en 2024, indiquent les statistiques officielles. Plus de 5 700 fosses communes ont été découvertes.  

La romancière mexicaine Alma Delia Murillo aborde cette tragédie dans une œuvre de fiction inspirée par des entretiens avec des mères de disparus. Elle met en scène Ada, à la recherche de son fils Marcos, qui avant d’aller à l’école avait l’habitude de lui laisser une lettre. Il apparaît dans ses rêves, elle le voit tenter de lui dire où on l’a emmené. Ada craint de mourir avant de le retrouver. Elle se persuade qu’elle doit le chercher dans une fosse commune creusée sous un arbre. « Les mères savent lire les forêts, elles savent lire la végétation et détecter où il peut y avoir quelque chose », dit la romancière dans une conférence rapportée par le journal mexicain Crónica. « Elles me le disent : si les arbres pouvaient parler... Cela m’a amenée à réfléchir à l’intelligence végétale. » Elle a découvert que la végétation peut réagir à l’excès d’azote et à d’autres composants biotiques des cadavres qui se désintègrent dans la terre. D’où le titre du roman : « une racine qui ne disparaît pas ».

Le croisement entre l’inexplicable et le réel donne le ton du roman, écrit le journaliste de Crónica. La première phrase du livre est « Ce n’est pas vrai, mais c’est la vérité ». À force d’explorer les horreurs qui nourrissent son roman, Alma Delia Murillo est tombée malade. « Le résultat d’un traumatisme accumulé », dit-elle. 

Elle ne ménage pas la société mexicaine, à commencer par les autorités. « Il y a toujours un procureur, un policier, un militaire impliqué dans une disparition. Il y a parfois des fonctionnaires honnêtes, mais ils sont minoritaires. Peut-être que le gouvernement n’enquête pas parce qu’il devrait enquêter sur lui-même. »

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Grand merci à la très Sainte Inquisition. Tatillonne, très sourcilleuse dans ses investigations, très précise dans ses comptes rendus, ultra rigoureuse dans son archivage, elle nous a légué dans ses dossiers dignes de ceux de la Stasi des mines d’informations anthropologiques sur la vie à la fin du XVIe siècle dans la petite colonie portugaise de Cacheu (actuelle Guinée-Bissau). Crispina Peres, la personne « inquiétée » par les bons pères, était une riche commerçante métisse, mariée successivement à deux capitaines généraux. Or des concurrents jaloux l’avaient dénoncée comme une catholique qui continuait à pratiquer les rites africains hérités de sa mère. Décortiquant les abondantes archives du procès, qui s’est tenu en 1665 à Lisbonne, l’historien britannique Toby Green, spécialiste de l’Afrique coloniale, révèle peu à peu un contexte qui dépasse largement la saumâtre accusation de syncrétisme religieux – « crime » dont tous les habitants de la petite cité étaient coupables puisqu’ils avaient recours au grand jour aux sorciers de l’endroit.

La réalité, c’est qu’à la fin du XVIIe les colonies portugaises en Afrique se trouvaient menacées militairement par les royaumes locaux et commercialement par l’Angleterre et la Hollande, sur fond de rivalité esclavagiste. Pire encore, le style de vie dans ces avant-postes portugais en Afrique témoignait d’une dérive alarmante : non seulement les religions s’y mélangeaient allègrement (islam y compris, sous l’effet d’une vigoureuse prédication de missionnaires soufis), mais les sexes et leurs prérogatives respectives aussi. À Cacheu, les femmes – et notamment l’infortunée Crispina, la plus notable d’entre elles – tenaient en effet le haut du pavé. C’étaient elles qui faisaient commerce des marchandises collectées à travers le continent par leurs hommes (largement absents de la ville, donc) et qui amassaient des fortunes. C’étaient elles aussi qui géraient les relations avec les royaumes voisins, dont elles parlaient toutes les langues. Crispina était polyglotte, et, preuve de sa prééminence, un roi du lieu avait levé une armée de 1 500 hommes pour tenter en vain de la libérer. Enfin ces femmes fortes, libres et puissantes faisaient sans surprise une belle java interraciale avec la participation enthousiaste de l’establishment portugais, clergé compris.

Mais à mille lieues de là, dans l’ultra rigoriste et patriarcale Lisbonne qui s’indignait de cette permissivité tous azimuts et « ressentait aussi la menace de femmes comme Crispina comme une attaque frontale contre la mainmise des hommes portugais sur l’économie locale de l’esclavage », écrit Alan Lester dans History Today, on tenait une bonne proie. Quoi de mieux qu’une condamnation à grand spectacle pour donner un coup d’arrêt à l’atteinte aux convenances religieuses comme aux convenances tout court ? Mais le procès allait tourner en jus de boudin. Une petite ville comme Cacheu était le paradis des cancans, et les volumes de l’enquête inquisitoriale allaient vite éclater sous l’amoncellement des ragots et contre-accusations qui prouvaient au-delà de tout doute que les témoins à charge avaient été achetés (pas bien cher : pour l’esclave de Crispina elle-même, des chaussures et des rubans plus une promesse fallacieuse d’affranchissement). Crispina échappera donc au bûcher mais ne retournera chez elle après trois ans de cellule que pour y mourir. Au lieu d’avoir servi à conforter l’empire portugais, ses souffrances permettront de montrer qu’à Cacheu régnait non seulement le multiculturalisme, la liberté des usages et des mœurs, mais surtout celle de l’esprit. Impardonnable à cette époque mais bien plaisant à découvrir à la nôtre. 

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