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Depuis le temps qu’on proclame le roman mourant, celui-ci devrait bien être aujourd’hui à l’agonie. Pas du tout, affirme l’éditeur américain Gerald Howard dans le New York Times : « La littérature romanesque ne permet à personne de se nourrir et de s’habiller, quelques ultra-chanceux mis à part ; mais elle est tout aussi immortelle que les autres productions culturelles humaines. » On a beau lire partout « qu’elle est non seulement dans la panade mais carrément menacée d’extinction à cause, au choix, du déclin de la capacité d’attention, de la disparition du public suffisamment cultivé pour la comprendre et l’apprécier, ou de l’imminence d’un déferlement technologique (cf. les romans écrits par l’IA) ». Mais la réalité « c’est que le roman a survécu aux méga librairies, à la concentration des maisons d’édition des années 1970, à l’hégémonie du bestseller… Si ce n’est plus qu’un cadavre, voilà un cadavre encore superbement agité. » Pour Gerald Howard, la preuve de la vitalité du (grand) roman ce sont les miraculeuses naissances ou résurrections d’œuvres telles que Moby Dick, les sagas de Faulkner, Lolita ou les écrits « contre -culturels » de Jack Kerouac. Parus dans de mauvaises conditions aux mauvais moments, parfois tués dans l’œuf par des éditeurs incompétents ou des critiques malavisés, les meilleurs textes remontent inéluctablement à la surface « comme la crème sur le lait » postule Gerald Howard. Essentiellement parce qu’il existe des guetteurs comme le très oublié Malcolm Cowley, un écrivain-critique-éditeur auquel il consacre une véritable élégie et qu’il considère comme le pilier de la littérature américaine du XXe siècle car il a mis le pied à l’étrier de Kerouac, Faulkner et bien d’autres encore. Quant aux lecteurs américains, ils seraient toujours aussi épris de qualité littéraire, à en juger par les queues devant la librairie chic de Cap Cod où Gerald Howard réside l’été…
À l’opposé, Sean Thomas soutient dans The Spectator qu’aujourd’hui la fiction littéraire est déjà quasiment morte (tout comme la poésie) – mais que ce décès qui est en fait un suicide est un bienfait. Les nouveaux romanciers ont en effet scié la branche sur laquelle ils étaient assis, celle du récit pourvu d’un puissant « arc narratif » qui emporte le lecteur dans le rêve. Ils ont opté pour l’inlassable exploration de leur moi dans « des ouvrages chics écrits pour un ghetto chic, sans considération pour les vrais goûts des gens » (les compositeurs actuels commettraient la même erreur fatale en sacrifiant la mélodie, « le narratif de la musique »). Or la passion des histoires est ancrée dans la psyché humaine – la vie elle-même n’est-elle pas un récit avec un début et une fin et des péripéties dans l’intervalle ? Jadis tous se blottissaient autour du feu pour écouter, transis d’émotions, des récits de chasse au mammouth ou d’exploits légendaires. Plus tard, les hommes et de plus en plus les femmes allaient vibrer, craindre, se lamenter au rythme des prouesses ou des amours de leurs semblables. Aujourd’hui, voici qu’on leur préfère les récits peuplés de vampires ou de magiciens. Mais ce n’est pas la coupe qui compte, c’est l’ivresse qu’elle garantit par l’histoire qu’elle contient.
[post_title] => Le roman est-il mort, bien vivant, ou en état de suicide avancé ?
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« Sous la toge des juges allemands... se cachait le poignard des assassins. » Ainsi s’ouvre le livre Bajo las togas avec le verdict rendu en 1947 au procès de Nuremberg. L’Espagnol Carlos Castresana est un avocat fiscaliste devenu procureur. Réputé pour son combat contre la corruption et sa défense des droits humains, il a notamment joué un rôle clé dans le procès des anciens dictateurs Pinochet (Chili) et Videla (Argentine).
« Le genre des récits judiciaires n’a pas de tradition en Espagne, mais en France et dans les pays anglo-saxons, il compte de nombreux adeptes qui dévorent l’histoire des grands procès, surtout lorsque la cause est exposée en détail et quand sont analysées les raisons pour lesquelles tant d’innocents ont été condamnés », explique-t-il au journal espagnol La Vanguardia.
Structuré en vingt-cinq chapitres, l’ouvrage retrace autant de cas emblématiques où la justice, dans différents pays, s’est transformée en instrument d’injustice. Ainsi en France les affaires Martin Guerre au XVIe siècle et Calas au XVIIIe, en Espagne le drame de Mariana Pineda – condamnée à mort en 1831pour avoir brodé une devise libérale sur un drapeau –, en Irlande les « interrogatoires spéciaux » subis par des prisonniers de l’IRA dans les années 1970. Chaque exposé met en lumière la tragédie personnelle d’innocents condamnés. « Ce n’est pas un ouvrage juridique, mais des récits fondés sur des faits », souligne Castresana.
Il cherche à impliquer le lecteur, le plaçant parfois face à un dilemme moral similaire à celui vécu par les juges ou jurés d’autrefois. Cette interactivité, presque ludique, invite à une réflexion critique sur les mécanismes de la justice et ses failles récurrentes. L’auteur met en évidence la répétition des mêmes erreurs à travers époques et cultures. Il montre aussi que de Voltaire à Kafka, en passant par Dumas, « la littérature a souvent été plus efficace que les tribunaux pour dénoncer les abus et éveiller les consciences ». Et aujourd’hui, qu’est-ce qui se cache sous la toge des juges ? demande pour finir le journaliste de La Vanguardia. Réponse de Castresana : « les citoyens se méfient de leurs tribunaux car ils les perçoivent comme des institutions peu efficaces, manquant de transparence et influencées par le pouvoir politique, économique et médiatique ». En Espagne, le code de procédure pénale date encore du XIXe siècle.
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Il est l’un des pontes de la recherche en intelligence artificielle chez Google et a des choses à nous dire non seulement sur l’IA, c’est bien le moins, mais sur l’intelligence en général et son lien avec le monde vivant. Aux côtés de son livre What Is Intelligence?, il vient d’ailleurs de publier simultanément What Is Life?, ce qui en dit long sur son ambition. Pour comprendre ce tour de force, on peut lire avec profit le long article qu’il a publié dans Nature pour expliciter son propos, intitulé modestement « Le passé, le présent et le futur de l’intelligence ».
Il commence par admettre s’être complètement trompé, quand il jugeait naïf, voici seulement dix ans, d’imaginer que les progrès de l’IA, auxquels il contribuait, pourraient déboucher sur une véritable capacité de « penser […], de comprendre de nouveaux concepts, de rédiger des blagues, de débuguer un code […], de résoudre des problèmes technologiques, sociaux et scientifiques […], de répondre de manière fluide, intelligente, responsable et exacte à toutes sortes de questions ésotériques devant lesquelles les humains restent sans réponse ».
Mais maintenant nous y sommes. Comment l’expliquer ? En réfléchissant au sens de l’évolution biologique. La théorie darwinienne de la sélection privilégiant les mutations qui accroissent le mieux les chances de reproduction dans un environnement changeant ne suffit pas, car elle ne peut rendre compte de la complexité croissante du monde vivant, depuis les premières bactéries jusqu’au cerveau humain, a fortiori aux produits engendrés par la collectivité des cerveaux humains. Le phénomène fondamental négligé par Darwin et ses successeurs est la « symbiogénèse », le fait que deux espèces puissent innover en s’associant, comme des bactéries dans le système digestif d’un animal ou plusieurs cerveaux d’une même espèce, comme chez la fourmi. Et si l’IA a percé de manière aussi fulgurante, c’est en réalité qu’elle emprunte à la nature vivante un caractère qu’on lui a trop souvent dénié : celui de fonctionner en calculant – en consacrant l’essentiel de son énergie à calculer ses chances de survie, autrement dit à prédire la prochaine étape, comme le fait un ordinateur ou le grand modèle de langage sur lequel repose l’IA. Il est bien sûr impossible de rendre en si peu de mots l’essence d’une pensée aussi englobante, mais il est clair que la conception de Blaise Aguëra y Arcas épuisera des neurones et fera couler de l’encre. Pour une première approche, outre l’article de Nature, on peut lire un joli morceau de bravoure rédigé par le neuroscientifique américain Patrick House, auteur d’un livre récent sur la conscience. Dans la Los Angeles Review of Books, il se demande si la faculté qu’a l’oiseau-lyre australien de se cacher, celle, à l’inverse, du perroquet néozélandais kéa, qui tient surtout à se montrer en manifestant une curiosité débordante, ne pourraient pas indiquer des manifestations de l’intelligences difficilement réductibles à une approche strictement computationnelle.
[post_title] => Et si l’intelligence artificielle était, en réalité, naturelle ?
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Il est aussi surprenant qu’émouvant de voir un auteur de bestsellers pour jeunes adultes publier un livre sur la tuberculose. L’auteur de Nos étoiles contraires, entre autres romans à succès, a trouvé sa motivation en se rendant au Sierra Leone dans le cadre d’une mission philanthropique. Là il a rencontré dans un hôpital un adolescent atteint d’une forme de tuberculose résistante aux antibiotiques – le personnage autour duquel il construit son livre.
Vu le BCG et les conditions d’hygiène dont bénéficie la grande majorité des habitants des pays développés, nous avons tendance à penser que le fléau de la tuberculose appartient au passé. C’est tout à fait faux. Elle est la maladie infectieuse qui provoque le plus de décès dans le monde. Près d’un siècle et demi après la découverte du bacille par l’Allemand Koch, nous ne disposons toujours pas d’un vaccin efficace pour les adultes et le traitement par antibiotiques dure des mois et peut se révéler très toxique. La maladie affecte surtout les pays pauvres, mais est présente aussi dans les prisons et les taudis des pays riches. « La tuberculose ne coule pas seulement dans les méandres du fleuve de l’injustice, écrit Green, elle le creuse. » Les compagnies pharmaceutiques portent leur part de responsabilité, écrit la neurologue Pria Anand dans la New York Review of Books, car « elles rendent les remèdes contre les souches résistantes inaccessibles là où le besoin s’en fait le plus sentir ». Elle salue la qualité d’un livre montrant qu’un non spécialiste peut rendre compte avec exactitude et efficacité de la complexité d’un problème d’actualité.
[post_title] => La tuberculose creuse le fleuve de l’injustice
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Né sur les rives du río de la Plata qui sépare l’Argentine de l’Uruguay, le tango est à la fois un genre musical, une danse et une variété de chanson populaire. Produit de la fusion du candombe des descendants d’esclaves noirs uruguayens, de la milonga argentine et de la habanera hispano-cubaine, il s’est enrichi d’apports issus des vagues d’immigration européenne qui ont peuplé l’Argentine à la fin du XIXe siècle et au début du XXe – « Les Mexicains descendent des Aztèques, les Péruviens des Incas, les Argentins descendent du bateau », affirmait un dicton. Il a ainsi incorporé les figures de danses en couple comme la valse ou la polka et les mélodies italiennes. Instrument emblématique du tango, le bandonéon – accordéon diatonique – d’origine allemande fut introduit en Argentine dans des petits orchestres qui ne comprenaient au départ qu’une guitare, un violon et une flûte.
Au sein de cette histoire longue, riche et complexe, la figure de Carlos Gardel se détache avec éclat. Son nom est associé à la naissance du « tango chanson », mélodies composées pour mettre en musique des textes à caractère littéraire et poétique : auparavant, les airs de tango, même lorsqu’ils étaient chantés, étaient conçus en fonction de la danse. Cette innovation s’est accompagnée d’un changement d’atmosphère. L’univers évoqué demeure celui dans lequel le tango est né dans les faubourgs portuaires et populaires de Buenos Aires, celui des gauchos urbanisés, des mauvais garçons, des petites frappes, des souteneurs et des prostituées. Mais le ton cesse d’être viril et stoïque pour devenir triste et sentimental : les chansons évoquent la détresse des hommes abandonnés par des femmes qui les trahissent, la nostalgie du pays qu’on a quitté et la fuite du temps qui passe. De ce genre nouveau, Gardel s’est imposé comme l’interprète le plus éloquent, au point d’être souvent désigné comme « la voix du tango ».
Figure mythologique déjà de son vivant, Gardel fait l’objet d’une littérature abondante. Des dizaines de livres et des centaines d’articles de presse ont été publiés à son sujet. Il accordait volontiers des entretiens et de nombreuses personnes qui l’ont connu ont raconté les souvenirs qu’elles ont gardés de lui. Pour qui s’intéresse à sa vie et sa personnalité, le problème n’est pas le manque d’information mais sa fiabilité, toutes sortes de légendes et de rumeurs ayant circulé. Dans le gros livre qu’il lui a récemment consacré, s’appuyant sur de nombreux documents qu’il cite longuement, l’historien argentin Felipe Pigna s’emploie à distinguer entre faits avérés, hypothèses plausibles et probables inventions.
La question du lieu et des circonstances de la naissance de Gardel a ainsi fait couler beaucoup d’encre. À la suite d’autres biographes, Pigna enterre définitivement la thèse selon laquelle il serait né en Uruguay. Certes, lui-même l’a prétendu et a pu produire un acte de naissance l’attestant. Mais il a en réalité vu le jour à Toulouse en 1890 sous le nom de Charles Gardes et est arrivé à Buenos Aires à l’âge de 2 ans en compagnie de sa mère, qui était française. Pigna a même pu retrouver les traces de son père, qui, après avoir abandonné sa jeune compagne enceinte, s’est joint à une bande de truands parisiens et a été incarcéré durant trois ans. L’acte de naissance en Uruguay était un faux, que Gardel fit fabriquer dans le but d’acquérir la nationalité argentine pour pouvoir se rendre en France et y circuler : n’ayant pas satisfait à ses obligations militaires en 1914, il y aurait été condamné pour insoumission en temps de guerre.
Bon élève réfractaire à la discipline, le jeune Gardel se distinguait par son goût de l’indépendance. À plusieurs reprises, il s’échappa du domicile maternel. À l’âge de 14 ans, il disparut durant six ans. Sa passion pour le chant se manifesta très tôt. Baignant dans l’univers des chansons populaires, qu’il interprétait avec talent, il fréquentait assidûment l’opéra. Son enrôlement dans une équipe de claque et les facilités d’accès que lui valait le travail de sa mère, qui repassait les chemises des chanteurs, lui donnèrent l’occasion d’écouter avec profit les grandes œuvres lyriques. Ses études terminées, après avoir exercé quelques petits métiers, il se lança dans la carrière de chanteur qui répondait à sa vocation profonde. Au départ, son répertoire couvrait les différents genres traditionnels de la musique criollo argentine : estilos, tonadas, cifras, zambas. En 1911, il fit la rencontre du chanteur, compositeur et parolier uruguayen José Razzano, avec lequel il forma un duo qui devint rapidement célèbre, se produisant, à côté de Buenos Aires, dans les grandes capitales de province : Rosario, Córdoba, Paraná.
1917 représente un tournant dans sa carrière. Cette année-là, il enregistra le tango Mi noche triste, paroles de Pascual Contursi, qui marque la naissance du tango chanson. À partir de ce moment, sans pour autant abandonner les autres genres, qu’il ne délaissa jamais, il interpréta de plus en plus de tangos, qui finirent par constituer la principale composante de son répertoire. Les textes qu’ils mettaient en musique étaient issus de la plume des grands paroliers du genre, notamment le poète Enrique Santos Discépolo. Le duo Gardel-Razzano se produisit à Madrid et à Paris, début d’une carrière internationale que Gardel poursuivit après s’être séparé, en 1925, de Razzano, à qui il confia toutefois la gestion de ses affaires en lui laissant 50 % des droits d’auteur. Cette association dura jusqu’en 1933.
Après plusieurs tournées successives en France et en Espagne, parallèlement à ses prestations sur scène, Gardel entama une carrière à l’écran en tournant de petits courts métrages qu’on peut considérer comme des vidéoclips avant la lettre et, pour la Paramount, une demi-douzaine de films réalisés en France puis à New York. Leur principal mérite, il faut le reconnaître, est qu’on l’y voit chanter. Le scénariste en était Alfredo La Pera, également auteur des textes de ses derniers tangos, qui figurent parmi les plus connus.
Au début de 1935, Gardel fit une tournée dans les Caraïbes et en Amérique du Sud. Ce fut sa dernière. Lors de son décollage de l’aéroport de Medellín, l’avion qui le transportait heurta de plein fouet un autre appareil. Gardel, ses trois guitaristes, La Pera et huit autres personnes périrent dans les flammes du terrible incendie qui s’ensuivit. On n’a cessé de s’interroger sur les causes de la catastrophe. As du pilotage de petits avions, le pilote n’avait que peu d’expérience de vol sur les gros trimoteurs. Le co-pilote, âgé de 18 ans, était encore moins aguerri. L’avion était surchargé de bagages. Pour une raison inconnue, le pilote décida de décoller dans le sens du vent, en contradiction avec une règle bien établie de l’aviation. Les compagnies auxquelles appartenaient les deux avions étaient rivales. Le pilote de l’appareil percuté avait semble-t-il peu de temps auparavant provoqué celui de l’avion de Gardel en le survolant de très près. Il n’est pas exclu que ce dernier ait voulu lui rendre la pareille et ait perdu le contrôle de son appareil. Ramené à Buenos Aires en passant par New York et Rio de Janeiro, le corps de Gardel y fut enterré le 6 février 1936 au milieu d’une immense émotion populaire.
L’image qui ressort de la biographie de Felipe Pigna est celle d’un grand professionnel. La voix riche, bien timbrée et mélodieuse de Gardel, une voix de baryton qui couvrait deux octaves, et sa diction claire et parfaite, qui faisaient toutes deux l’admiration du ténor Enrico Caruso rencontré lors d’une tournée au Brésil, étaient en partie le produit d’un don naturel, mais aussi d’un travail considérable. Perfectionniste, il enregistra souvent les mêmes tangos à de multiples reprises, notamment pour profiter des progrès des techniques du son, avec le passage à l’enregistrement électrique. Choisissant avec soin les textes de ses chansons, il les modifiait volontiers quelque peu pour renforcer leur puissance expressive et leur mariage intime avec la musique. Très soucieux de son apparence (gomina dans les cheveux, costumes bien coupés), il s’astreignait quotidiennement à de durs exercices de gymnastique pour perdre les kilos que son goût pour la bonne chère lui faisait accumuler.
Gardel se révèle aussi avoir été un homme extraordinairement généreux, en termes financiers (sa largesse sur ce plan était légendaire) mais aussi, c’est plus rare dans son métier, sur le plan artistique, s’appliquant constamment à mettre en valeur les mérites de ses musiciens et collaborateurs. Extrêmement attaché à sa mère, fidèle en amitié, il a toujours maintenu une grande discrétion sur sa vie sentimentale très remplie. Lucide, il soulignait volontiers que la personne dans le lit duquel les femmes se précipitaient n’était pas l’homme, mais le chanteur célèbre. On lui connaît quelques liaisons stables. Une avec une tenancière de maison close chic, qui lui valut apparemment une balle, tirée par un mari jaloux, qu’il conserva dans le poumon toute sa vie. Et la plus durable avec une jeune fille qu’il connut lorsqu’elle avait 14 ans, considérée comme sa fiancée officielle et dont il supporta financièrement la famille.
À côté de son art, sa grande passion fut les courses de chevaux, sujet d’un ses tangos les plus célèbres, Por una cabeza. Elle lui fit perdre beaucoup d’argent – il affirmait qu’il ne pariait pas pour s’enrichir mais pour l’excitation de l’incertitude. Il possédait lui-même un cheval de course nommé Lunatico. Convaincu que les artistes doivent se garder de faire de la politique, il ne s’est jamais publiquement exprimé sur ce sujet. Proche à titre personnel de certaines personnalités conservatrices, il avait des amis socialistes et une profonde sympathie pour le petit peuple dont il était issu et dont les paroles de ses tangos reflètent les préoccupations, les joies et les peines.
Sa mort tragique en pleine force de l’âge, en complète possession de son talent et au faîte de sa carrière, est-elle à l’origine du mythe dont il fait et continue à faire l’objet ? En partie sans doute. Mais il est à peu près sûr qu’il occuperait de toutes façons une place de premier plan dans l’histoire de cette musique « éternelle », selon l’écrivain Ernesto Sábato, qu’est le tango, ainsi que dans la mémoire et l’imagination des Argentins de toutes les classes sociales. Jorge Luis Borges n’aimait pas Gardel : attaché au tango primitif empreint des valeurs viriles de l’époque héroïque de la vie dans la pampa, il trouvait ses tangos trop sentimentaux et sans doute le chanteur lui-même trop populaire. Mais Julio Cortázar le mettait au plus haut et lui a consacré de très belles pages. Il conseillait de l’écouter sur un gramophone. Il est en effet difficile de ne pas être touché par les anciens enregistrements de Gardel, dont le son lointain et brouillé s’harmonise heureusement avec sa voix expressive, la tristesse et la mélancolie du tango et la force de textes exprimant l’expérience universelle de la perte de l’amour, de l’argent ou de la jeunesse.
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Deux manuscrits inédits d’Ignacio Aldecoa (1925-1969) ont été découverts dans un dossier de la Sección de Censura de l’Archivo General de la Administración à Alcalá de Henares par le professeur Álex Alonso Nogueira, qui préparait l’exposition Ignacio Aldecoa. El oficio de escribir à la Biblioteca Nacional de España. Ces textes – Ciudad de tarde et El Gran Mercado –, envoyés à la censure franquiste dans les années 1950 mais jamais publiés, offrent un nouveau regard sur l’évolution narrative de l’écrivain phare de la Generación del 50. L’un d’eux sera prochainement présenté au public à Madrid.
À Cracovie, la manifestation Targi Książki bez Cenzury – présentée comme un « salon du livre sans censure » organisé dans un hôtel du quartier Kazimierz – a suscité une vive polémique. Cette foire parallèle a exposé des ouvrages accusés de tenir des propos antisémites et hostiles à l’Ukraine, tels que Żydzi, masoni we wspólnej pracy ou Ukropolin, critiqués pour leur contenu discriminatoire. L’association Otwarta Rzeczpospolita a dénoncé une récupération de l’événement par des cercles d’extrême droite plutôt qu’un espace de liberté éditoriale, relançant le débat sur la frontière entre liberté d’expression et diffusion de discours haineux.
Au Japon, certaines bibliothèques municipales et universitaires intègrent désormais des assistants basés sur l’intelligence artificielle, comme Shisho, qui guident les usagers dans leurs recherches documentaires en exploitant des données bibliographiques. Cette technologie vise à alléger la charge des bibliothécaires et à enrichir l’expérience des lecteurs, en proposant des suggestions pertinentes même à partir de requêtes vagues. Toutefois, son adoption soulève des enjeux techniques, éthiques et juridiques, notamment sur la fiabilité des réponses, les biais potentiels et la protection des données personnelles, interrogeant la place de l’IA dans des institutions dédiées à l’accès au savoir.
La romancière britannique Joanna Trollope, figure majeure du roman contemporain et observatrice fine des relations familiales, est décédée à 82 ans à son domicile en Oxfordshire, le 11 décembre 2025, a annoncé son agence littéraire. Auteure de plus de trente ouvrages – souvent centrés sur la vie domestique et les dynamiques humaines –, elle avait su toucher un large public, malgré l’étiquette parfois réductrice d’« Aga saga ». Son œuvre, traduite et adaptée, laisse un héritage durable dans le paysage littéraire anglophone.
En Biélorussie, 123 personnes détenues, dont des écrivains, traducteurs et défenseurs de la liberté d’expression, ont été libérées le 13 décembre, à l’issue de négociations entre les autorités de Minsk et les États-Unis, qui visent un allègement des sanctions économiques. Parmi les libérés figurent des membres du PEN Biélorussie comme Ales Bialiatski, lauréat du prix Nobel de la Paix, Maksim Znak et Aliaksandr Fiaduta, ainsi que le traducteur Siarhiej Paŭłavicki et le journaliste Pavieł Sieviaryniec, transférés en Ukraine ou en Lituanie. PEN International salue ce geste mais souligne que de nombreux prisonniers politiques restent incarcérés et que l’exil forcé n’équivaut pas à une justice pleinement rétablie.
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Voici plus de 125 ans Sigmund Freud proposait que les rêves représentent l’accomplissement de désirs réprimés. Il ne pouvait savoir ce que les expérimentateurs ont découvert après la Seconde Guerre mondiale. Nos rêves les plus vifs et complexes se produisent pendant une phase du sommeil bien précise, celle pendant laquelle, sous nos paupières fermées, nos yeux oscillent rapidement de droite à gauche, tandis que notre corps est (en règle générale) paralysé à partir du cou (atonie musculaire). C’est le sommeil paradoxal. En réalité nous rêvons aussi pendant les phases de sommeil lent, mais le plus souvent nous n’en gardons aucun souvenir. Les rêves dont nous nous souvenons nous mettent nous-mêmes sur le devant de la scène, en présence de personnes de notre entourage, vivantes ou mortes, parfois de célébrités. Il s’agit pour l’essentiel d’expériences visuelles, impliquant plus rarement le goût ou l’odorat ; des paroles sont échangées. La chercheuse canadienne Michelle Carr se penche plus particulièrement sur les cauchemars, plus fréquents chez ceux dont l’enfance a été perturbée et dont la récurrence peut faire l’objet d’une thérapie.
Mais la principale leçon de ce livre prudent et modeste, souligne le neurologue Russell Foster dans le Times Literary Supplement, c’est que les fonctions du rêve restent l’objet de conjectures. Les expériences menées depuis les années 1950 n’aboutissent qu’à de très vagues conclusions : rêver joue sans doute un rôle dans l’organisation des souvenirs et dans le contrôle des émotions. L’une des pistes de recherche les plus intéressantes tient au phénomène du rêve dit lucide, pendant lequel on est conscient de rêver et en mesure de contrôler partiellement certains aspects du rêve. Le rêve lucide peut contribuer à résoudre des problèmes logiques ou artistiques, en offrant des réponses qui nous échappaient dans notre vie éveillée. Le rêve est « l’une des branches de la science les moins testables », conclut Russell Foster.
[post_title] => Mais à quoi donc servent les rêves ?
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On connaît mal le destin des pieds noirs espagnols, contraints à l’exil après l’indépendance de l’Algérie en 1962. Le roman de Maria Dueñas, raconté à la première personne, met en lumière un épisode peu connu à travers le personnage de Cecilia Belmonte, une jeune Espagnole en fuite à cause d’un crime involontaire. Elle débarque à Oran dans les années 1920, sous un faux nom, avec pour tout bagage une détermination farouche de survivre. Soumise à des travaux ardus et ingrats, forte de son audace et de sa ténacité, elle devient une entrepreneuse accomplie. Au fil de ses aventures et de ses épreuves, on rencontre ses amis, ses associés, ses amours éphémères, un mari violent et sa relation tumultueuse avec l’homme de sa vie.
María Dueñas peint avec une sensibilité rare les saveurs, les odeurs, les couleurs de la Méditerranée, ce carrefour où se croisent et s’affrontent les cultures espagnole, française et arabe. Le chapitre qui raconte son accouchement difficile dans le trou où vivaient les lavandières à Sidi Bel Abbès et la chaîne d’entraide qui se met en place entre elles est remarquable.
« Le roman aborde l’exil, l’identité et la résilience, avec une critique sous-jacente de l'impérialisme français qui s'effondre comme un château de cartes » souligne l’écrivain Andrés García Pérez-Tomás dans la Revista Cervantes. « Dueñas ne prêche pas, elle montre, et c’est ce qui compte. Le titre lui-même – Por si un día volvemos (« Au cas où nous reviendrions un jour ») – est un clin d’œil ironique à cette nostalgie qui nous ronge de l’intérieur. Il y a un symbolisme subtil, comme la mer Méditerranée qui unit et sépare les cultures, un pont brisé qui évoque les diasporas espagnoles de l’après-guerre. En 2025, où les migrations font toujours l’actualité, ce roman pique comme du sel sur une plaie, remettant en question les héritages coloniaux sans tomber dans le pamphlet. »
Trois romans de María Dueñas sont déjà parus en français : Soledad, L’Espionne de Tanger et Sira, le retour à Tanger (Points Seuil).
[post_title] => Le drame des pieds noirs espagnols
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Nous ne sommes que des cobayes dans le laboratoire de Dieu, disait Tennessee Williams. Aujourd’hui Dieu, s’il existe, nous teste comme jamais, avec la stupéfiante intelligence artificielle, la non moins stupéfiante biologie synthétique et d’autres broutilles qui depuis la bombe atomique bouleversent l’horizon de l’humaine condition. Jamais le cliché « on n’arrête pas le progrès » n’a manifesté une telle pertinence – du moins si l’on s’en tient au progrès technologique. De quoi nourrir les plus folles aspirations, mais aussi la plus vertigineuse inquiétude. L’écologiste britannique Paul Kingsnorth n’est certes pas le premier à écrire un manifeste « contre la machine », mais il innove en se créant un nouveau label, celui de « radical réactionnaire ». Il a changé son fusil d’épaule. Fini le temps du militantisme mainstream, quand il s’enchaînait à un pont ou narguait les gaz lacrymogènes lors d’un sommet du G8. Devenu l’une des principales figures du mouvement écologiste en Grande-Bretagne, il a soudain tourné casaque, pour partir cultiver son jardin dans des conditions spartiates avec sa femme et ses deux enfants (protégés de la « cocaïne des écrans ») dans une ferme dans l’ouest de l’Irlande. C’était en 2014, l’année de la fameuse « Marche pour le climat » (plus de 300 000 manifestants rien qu’à New York). Il avait cessé de croire à l’efficacité des actions menées pour préserver l’environnement, qu’elles le soient par les militants, les ONG ou les États. La partie est perdue, l’effondrement inévitable. La notion de politiques « soutenables » un mythe.
Dans ce nouveau livre il franchit un pas de plus. Converti au christianisme orthodoxe, il dénonce le caractère diabolique d’une modernité qui est en passe de dissoudre le sel de d’humanité. Il cite G. K. Chesterton : « Ce qui assure à la vie sa poésie et ses ardentes possibilités, c’est l’existence de ces grandes et claires limites qui nous forcent à affronter les choses que nous n’aimons pas ou n’attendons pas ». Or ces limites sont en train de s’écrouler. C’est là l’originalité de Kingsnorth, souligne Tyler Austin Harper dans The Atlantic : les limites qu’est en train de piétiner l’homme dans sa relation avec la nature, les limites que repoussent et menacent d’éliminer les progrès du génie génétique ou de l’intelligence artificielle « ont beaucoup en commun avec les idées progressistes sur le sexe, la sexualité et le genre ». Voilà évidemment de quoi heurter les esprits. Le militant écologiste John Halstead, naguère un fan de Kingsnorth, voit désormais en lui un « protofasciste transphobe ». Absurde, cela va sans dire. Ce que propose Kingsnorth, c’est simplement de savoir dire « non » ; même si « tout est compromis » (il se sert d’Internet, quand même !), se construire son cocon, « en parallèle, se retirer pour créer, construire sa zone de refus culturel ».
[post_title] => Il n’y a plus de limites
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Un étrange culte orientalo-érotico-mystique a surgi en Californie – où d’autre ? – à la fin des années 1980 : la célébration de l’orgasme féminin comme moyen d’atteindre « le bonheur, la plénitude sexuelle et la communion avec l’Univers ». La journaliste Ellen Huet, qui retrace l’histoire de ce culte devenu business, commence en décrivant une cérémonie d’initiation à laquelle elle a assisté. L’impétrante était allongée sur une sorte d’autel, à moitié dévêtue (le bas !), les plantes des pieds jointes et les genoux écartés « comme les ailes d’un papillon », environnée de fumigations et de musique douce. Un homme en noir (vêtu en entier, lui) était penché respectueusement sur « l’origine du monde » de la dame et y pratiquait de longues et savantes manipulations afin de mener celle-ci à « l’extase de la connexion universelle » – bref quelque chose de bien au-dessus du tout venant du septième ciel. La dame de ce jour-là était Nicole Daedone – et celle-ci a eu le sentiment « d’être une voiture parvenue à se dégager d’un embouteillage ». Nicole était une quintessence de la Californienne enflammée de sex (sous toutes les formes), drugs (beaucoup et non des moindres) et bien sûr rock'n'roll, mais aussi une Américaine, entreprenante et très business, qui a décidé non seulement de promouvoir cette formidable révélation « qu’elle se sentait appelée à partager avec toutes les femmes du monde » mais également de la monétiser. Elle a donc fondé en 2004 OneTaste, que Helena Aeberli décrit dans la Los Angeles Review of Books comme « un mixte de communauté hippie et de marque de wellness haut de gamme – une résurgence des mouvements de santé holistique et de spiritualité New Age avec leurs charismatiques leaders et la libération sexuelle en toile de fond, mais également une anticipation des grandes vogues actuelles, depuis l’autoréalisation individuelle et l’essor de l’industrie du bien-être jusqu’à l’avènement de la femme big boss ». L’OM (pas le club de foot, mais : Méditation Orgasmique, à prononcer Ooooom comme dans le mantra indien) allait vite devenir un big business en forte croissance, avec des centres dans plusieurs villes, dont Londres, et un marketing plus que vigoureux qui génèrerait jusqu’à 10 millions de dollars de chiffre d’affaires. OneTaste se diversifiera dans l’organisation de « séminaires » et d’« ateliers » et la publication d’ouvrages techniques (car la pratique de l’OM est « aussi complexe que celle du piano »), tandis que le mouvement prendra peu à peu des allures de culte. Et, comme dans toute bonne secte qui se respecte, Nicole se mettra à soustraire des sommes rondelettes à ses adeptes (qui doivent souvent s’endetter) tandis que les employés sont sous-payés et même placés sous emprise. Bloomberg Businessweek mandate alors, en 2017, la journaliste-autrice Ellen Huet pour qu’elle enquête sur OneTaste, car la finance commence à inquiéter (s’agirait-il d’une pyramide de Ponzi ?). Très pro, donc soucieuse d’explorer le pour de l’OM (no comment) mais aussi le contre, Ellen Huet interroge à tout va – et recueille des récits alarmants. La redoutable Nicole dirigerait en gauleiter une camarilla de jeunes et jolies personnes censées se soumettre aux désirs des client(e)s et surtout des investisseurs. Plus inquiétant même, des millions de dollars sont engloutis dans l’affaire avec pour lesdits investisseurs un dérisoire retour, financier du moins ! L’article sera publié en juin 2018, toutes les sirènes se déclencheront, le FBI s’en mêlera, des mois de procédures vont suivre, Netflix produira un film, etc. En 2023, Nicole et sa n° 2 seront condamnées pour « travail forcé », donc potentiellement à 20 ans de prison (appel en cours). Entretemps OneTaste aura été vendu (12 millions de dollars tout de même) et continuera d’opérer, mais sous un autre nom, en sourdine et dans les clous... À l’issue du procès, Ellen Huet sera prise à partie par des groupies : « On te hait ! On te hait ! » Sans doute considéraient-elles que l’OM « était une idée géniale, capable de secourir bien des gens, mais hélas entre les mains d’une personne assoiffée de pouvoir ». De là à dire que tout est bien qui finit mal…
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