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Le Sénat français a déposé une proposition de loi visant à inverser la charge de la preuve en matière de droits d’auteur pour les intelligences artificielles : les géants de l’IA seraient présumés avoir utilisé des œuvres protégées et devraient prouver leur innocence. Ce mécanisme, qualifié de « coupable jusqu’à preuve du contraire », est présenté comme un moyen de lutter contre le pillage des contenus culturels, mais il suscite d’importantes réserves juridiques et des inquiétudes quant à l’innovation.
Aux États-Unis, l’organisation America First Legal a déposé une plainte auprès de l’Equal Employment Opportunity Commission contre Penguin Random House. Elle accuse le groupe d’adopter, à travers sa politique de diversité, inclusion et égalité des chances, des pratiques discriminatoires fondées sur l’origine, la couleur de peau ou le genre pour le recrutement et la gestion du personnel, et demande l’ouverture d’une enquête fédérale. Penguin Random House affirme respecter la loi.
La NASA a fermé, le 2 janvier au Goddard Space Flight Center dans le Maryland, sa plus grande bibliothèque de recherche, suscitant l’inquiétude des scientifiques. Hébergeant près de 100 000 volumes essentiels à la recherche, une part importante de ces documents n’est ni numérisée ni disponible ailleurs. L’agence prévoit d’examiner ces collections avant stockage ou élimination, une perspective critiquée pour son impact sur la mémoire scientifique.
Un tribunal de Moscou a ordonné, le 5 septembre 2025, d’inscrire au registre des sites interdits en Russie des URLs donnant accès au livre У фашистов мало краски (« Les fascistes manquent de peinture »), documentaire sur la dissidence anti-guerre. Cette décision marque une extension de la censure numérique : ce sont désormais les liens web, et non seulement les exemplaires physiques ou numériques, qui sont bloqués, limitant l’accès à des voix critiques.
En Malaisie, un renversement des pratiques de lecture chez les jeunes attire l’attention : malgré une baisse marquée des scores en compréhension de l’écrit, l’usage des plateformes numériques – ebooks, formats interactifs, recommandations algorithmiques – suscite un engagement plus soutenu des enfants et adolescents que la lecture papier seule. Cette dynamique, liée à la portabilité des appareils et à l’intégration sociale de la lecture digitale, invite à repenser l’accès aux textes et pourrait inspirer d’autres contextes éducatifs.
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Si vous lisez le texte qui suit, vous serez tenté(e) d’y voir l’exposé caricatural d’un excité de LFI : « Nos banques sont remplies d’argent sale, notre politique étrangère dépend de transactions avec des kleptocrates, nos chaînes d’approvisionnement sont bourrées de contrefaçons, nos villes scintillantes sont bâties sur du sable volé et des spéculations frauduleuses, nos biens de consommation et les matières premières sont produits par du travail forcé ». Eh bien, vous vous tromperiez, écrit Tim Judah dans le Financial Times. C’est la pure réalité, décrite avec talent par le journaliste Mark Galeotti, auteur notamment des Guerres de Poutine (Gremese, 2023).
Tim Judah en profite pour évoquer son expérience personnelle. La dernière fois qu’il a écrit quelque chose de « vaguement gênant » pour un chef de guerre albanais, un cabinet d’avocats londonien, bien introduit à Westminster, l’a inondé de lettres le priant de la boucler. Certes, la réalité en question n’est pas neuve, rappelle Galeotti, qui nourrit son livre d’exemples distrayants, comme les sommes monstrueuses payées par les jeunes États-Unis pour se débarrasser des pirates barbaresques. Mais la façon dont le crime organisé, souvent soutenu par un État, phagocyte les cellules du corps social a pris une nouvelle dimension. La cybercriminalité a peut-être coûté au monde 10 000 milliards de dollars cette année. Le trafic de drogue alimente plusieurs dizaines de millions de toxicomanes. Et quand vous remplacez votre frigidaire, ajoute Judah, vous ignorez si l’ancien ne sera pas tout simplement jeté à la mer. De tout cela « nous sommes hélas bien plus complices que nous nous plaisons à l’admettre », conclut-il.
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Déjà auteure de biographies de Virginia Woolf et Victoria Ocampo, l’Argentine Irene Chikiar Bauer consacre son dernier livre à l’une des figures féminines les plus complexes et fascinantes du XXe siècle, l’Allemande Edith Stein. Juive croyante devenue athée, philosophe du calibre de son maître Edmund Husserl, militante féministe, elle s’est convertie à un catholicisme de plus en plus exalté. Entrée au Carmel, elle a été rattrapée par ses origines juives et est morte à Auschwitz. Edith Stein a laissé une œuvre écrite considérable, rassemblée en cinq volumes comprenant ses travaux philosophiques, anthropologiques, pédagogiques et théologiques.
Pendant la Grande Guerre, après s’être engagée dans la Croix-Rouge, Stein a obtenu summa cum laude son doctorat de philosophie pour une thèse sur l’empathie. Mais malgré la reconnaissance dont elle disposait auprès des principaux philosophes allemands de son temps, la misogynie prévalant au sein de l’université fit qu’elle n’obtint jamais un poste de professeure titulaire.
On voit poindre déjà dans sa thèse ses interrogations sur l’expérience religieuse, souligne Irene Chikiar Bauer dans un entretien au portail littéraire Letras Libres. On y trouve en effet ce témoignage personnel : « Je peux moi-même être incroyante et comprendre néanmoins qu’un autre sacrifie pour sa foi tout ce qu’il possède en biens terrestres. Je vois qu’il agit ainsi et j’empathise avec une conception de la valeur, dont le corrélat ne m’est pas accessible, comme motif de son action, et je lui attribue une dimension personnelle que je ne possède pas moi-même. C'est ainsi que j’obtiens empathiquement le type “homo religiosus” qui est étranger à ma nature, et je le comprends, même si ce qui m’apparaît là comme nouveau doit rester irréalisé. »
Sa conversion fut influencée par la lecture de Thérèse d’Ávila, elle-même d’origine juive. En 1933 elle adressera une lettre au pape Pie XI pour dénoncer les persécutions antisémites. Sa pensée inspirera des esprits aussi différents que le philosophe juif Emmanuel Levinas et Karol Wojtyla, le futur Jean-Paul II, qui la béatifiera.
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Diogène était un fameux énergumène – un philosophe qui n’a laissé, semble-t-il, aucun écrit ; un provocateur tous azimuts qui ne respectait rien ni personne, ni ses confrères (Platon notamment), ni ses concitoyens, ni les pouvoirs publics, ni même les divinités. À une femme qui se prosternait dans un temple, il asséna : « Comme les dieux sont partout, comment sais-tu qu’il n’y en a pas un derrière toi ? Alors comment oses-tu lui montrer ton cul ? » À Alexandre le Grand qui s’était dérangé pour le rencontrer, il ordonna : « Ôte-toi de mon soleil » (l’autre en fut si bouleversé qu’il déclara : « Si je n’avais pas été Alexandre, j’aurais aimé être Diogène »). Exilé d’Asie Mineure, il avait élu domicile dans une grande jarre (et non un tonneau), au beau milieu des agoras d’Athènes ou de Corinthe, d’où il évacuait sans gêne ses trop-pleins corporels devant les passants qu’il houspillait en leur urinant dessus, en déféquant ou en se masturbant. Les multiples récits de ses extravagances (souvent imaginaires) donnent de Diogène l’image d’un « Socrate déchaîné et incontrôlable qui est allé jusqu’à l’extrême dans son choix de la pauvreté, de la dévotion à la philosophie et dans l’indépendance vis-à-vis de la Cité », résume Vincent McGean dans Open Letters Review.
Mais dans un ouvrage très érudit la classiciste américano-néerlandaise Inger Kuin s’attache au contraire à montrer comment, mises bout à bout, les pitreries de celui que Platon appelait « le chien » dessinent une philosophie à peu près cohérente et très courageuse qui a eu un impact considérable dans l’Antiquité et jusqu’à nos jours. Une philosophie qui a pour nom « cynisme » (du mot grec pour « chien » – merci Platon !), mais qui n’a rien à voir avec la condamnable amoralité cynique (l’allemand, langue philosophique par excellence, fait d’ailleurs une distinction orthographique entre le « Kynismus » à la Diogène et le « Zynismus » d’aujourd’hui). Diogène prêchait en effet (par l’exemple) qu’il fallait vivre selon la nature, rester à l’écoute de son corps, en satisfaire les besoins – et surtout ne pas se perdre dans la vaine poursuite des richesses et des honneurs (d’où sa propre pauvreté et ses exhibitions déshonorantes). Il multipliait aussi les scandaleuses diatribes contre le patriotisme qui mène à la guerre, contre l’or (qu’il préconisait de remplacer comme numéraire par des bouts d’os), contre le mariage (entrave à la liberté sexuelle et à la liberté tout court), contre l’État et enfin contre toutes les normes sociales, de l’interdiction du cannibalisme à celles de l’inceste et du suicide... Il fut encore le tout premier à dénoncer l’esclavage, pilier économique des sociétés antiques (il savait de quoi il parlait : capturé par des pirates, il avait été vendu à un Corinthien – dont il se proclamait le maître). Mais, instruit par le triste exemple de Socrate, son maître à penser condamné à mort quelques décennies plus tôt, Diogène exprimait son propre agnosticisme de façon prudente et détournée. Il ne servait à rien, disait-il, de vouloir modérer les caprices divins à coups de sacrifices ineptes ; mieux valait s’exercer à affronter les hasards de la vie en pratiquant l’ascèse (« entraînement » en grec) et surtout ne pas redouter la mort, qui n’est que la cessation de toute perception. Nombreux sont les penseurs qui ont puisé dans ce corpus étrange, ou du moins étrangement formulé. Les Cyniques bien sûr, notamment la proto-féministe et grande provocatrice Hipparchia de Maronée, puis les Épicuriens et les Stoïciens, ces frères ennemis qui avaient néanmoins en commun un puissant socle de diogénisme.
Inger Kuin va jusqu’à inscrire son héros dans une tradition qui part des « gymnosophistes » de l’Inde, les « philosophes nus » (sadhous), pour aboutir à l’Europe actuelle (notamment au Michel Foucault du Courage de la vérité, ou à Peter Sloterdijk qui voudrait remplacer le Zynismus des opportunistes actuels par le Kynismus originel de Diogène), en passant par le christianisme (de Jésus le disrupteur radical jusqu’au rebelle François d’Assise), le soufisme, Érasme, les Lumières (Diderot, qui dans Le Neveu de Rameau présente via son dialogue entre « Moi » et « Lui » deux façons « d’être Diogène ») et surtout Nietzsche, grand imprécateur et grand admirateur du Kynismus. Malgré son régime alimentaire inquiétant, Diogène vécut jusqu’à 92 ans, âge auquel il se serait suicidé en cessant volontairement de respirer. Anticonformiste et en contrôle de son corps jusqu’au bout.
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Brillant électron libre, ce Cory Doctorow. Auteur prolifique de romans (deux traduits en français), d’essais et de nouvelles, passionné de science-fiction, il s’est fait le chantre des logiciels libres, puis d’une révision drastique des droits d’auteur en ligne, dont il juge qu’ils doivent être strictement réservés… à l’auteur, à condition que celui-ci accepte de livrer gratuitement ses productions au consommateur privé. Depuis quelque temps il dirige les feux de son ire sur les plateformes numériques, qu’il accuse d’avoir transformé le « bon vieil Internet » en champ de merde – une vaste industrie d’entubage. Le mot enshittification, qu’il a créé en 2022, a eu l’effet recherché : il a son entrée dans Wikipédia, l’une des rares plateformes conformes aux ambitions de transparence démocratique affirmées par les pionniers du Web, voici quelque trente ans. Doctorow, qui a déjà beaucoup écrit sur le sujet, précise et modifie légèrement son approche. Le livre qui porte ce titre vulgaire mais efficace est pris au sérieux par les commentateurs, dont le célèbre vulgarisateur scientifique James Gleick (La Théorie du chaos, Flammarion), qui en fait l’éloge dans la New York Review of Books.
Doctorow concentre son attention sur les ruses malsaines qui fondent l’extrême richesse des ténors du marché, notamment Google, Facebook (Meta), Amazon, Apple et TikTok. Il ne peut être question de rentrer ici dans les détails des moyens que ces plateformes déploient pour entuber leurs usagers. L’originalité du propos est de montrer que ce ne sont pas seulement les particuliers comme vous et moi qui sont les dindons de la farce, mais aussi les entreprises qui font appel à ces plateformes pour vendre ou promouvoir leurs produits. Outre le malaise créé chez un nombre croissant d’usagers, il s’ensuit une tendance irrésistible à la dégradation de la qualité des produits mis en avant et des services rendus. Dans ses écrits précédents, Doctorow concluait à la mort probable de ces mammouths, par suicide en quelque sorte. Il semble avoir changé d’avis, appelant plus classiquement les particuliers à aller voir ailleurs (vers des plateformes décentralisées comme Mastodon), les entreprises à privilégier d’autres moyens de promotion et les États à mettre en branle leurs arsenaux de lutte contre les situations de monopole. À cet égard, la sainte alliance passée entre l’administration Trump et les géants du Web ne laisse que peu d’espoir, relève James Gleick.
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Assurance sur la mort, de Billy Wilder, n’est pas le premier film noir de l’histoire du cinéma. D’autres classiques des années 1940, par exemple Le Faucon maltais, de John Huston, pourraient revendiquer ce titre. Mais il est l’archétype du genre, celui qui en a sans doute influencé le plus profondément le style. Sa perfection tient tout d’abord à la qualité du scénario, écrit par Wilder et l’auteur de romans policiers Raymond Chandler. L’histoire de la collaboration féconde, mais mouvementée, des deux hommes a été racontée dans leurs biographies respectives. Celle de la conception et du tournage du film est traitée en quelques pages dans tous les ouvrages sur le cinéaste. En 1992, le critique Richard Schickel a publié un petit livre entier sur le sujet. Spécialistes du film noir, Alain Silver et James Ursini viennent de consacrer à Assurance sur la mort un nouvel ouvrage très documenté.
Le film raconte l’histoire du meurtre d’un homme par un agent d’assurance (Walter Neff), à l’instigation et avec la complicité de la femme de la victime (Phyllis Dietrichson), qui l’a séduit et pour qui il éprouve un attrait irrésistible. Avant de tuer le mari, il lui avait fait signer à son insu une police d’assurance-vie. Le meurtre est déguisé en un accident survenu dans des circonstances exceptionnelles, une chute d’un train en mouvement, ce qui autorise le versement au bénéficiaire d’une indemnité double du montant prévu (d’où le titre original : Double Indemnity). Sentant qu’il est sur le point d’être découvert par le responsable du contentieux de la compagnie d’assurance (Barton Keyes), qui est aussi son ami, et comprenant qu’il a été manipulé par la femme, qui va vraisemblablement se débarrasser de lui, Neff se rend chez elle pour lui demander des comptes. Elle lui tire un coup de revolver dans la poitrine mais il retourne l’arme contre elle et la tue avant de se rendre, gravement blessé, dans les locaux de la compagnie pour enregistrer au dictaphone une confession à l’intention de Keyes, dans les bras de qui il finit par s’effondrer.
Le film est basé sur un roman de James Cain, dont deux autres livres ont également été portés à l’écran : Le Facteur sonne toujours deux fois, qui décrit une situation assez semblable, et Mildred Pierce. De ces trois adaptations, c’est celle de Double Indemnity qui est incontestablement la plus réussie. Wilder et Chandler ont considérablement amélioré le récit et renforcé sa tension dramatique en simplifiant et resserrant l’intrigue : l’histoire est racontée sans le moindre temps mort en un flash-back qui accentue l’impression de fatalité. Ils ont aussi affûté les dialogues, qui sont constellés de formules mémorables. Réduit à son rôle professionnel dans le roman, le personnage de Keyes acquiert une dimension nouvelle et devient central sur le plan émotionnel. La véritable histoire d’amour qui traverse le film, ce n’est pas la passion de Neff pour Phyllis, pour qui il éprouve une attirance fondamentalement sexuelle teintée de mépris, mais celle des sentiments respectivement filiaux et paternels qu’éprouvent les deux hommes l’un pour l’autre. James Cain ne cacha pas son admiration pour le résultat du travail des deux co-scénaristes, avouant qu’il comportait des trouvailles auxquelles il aurait aimé avoir pensé lui-même.
Son partenaire habituel, Charles Brackett, ayant refusé de collaborer avec lui pour l’occasion parce qu’il trouvait l’histoire sordide, Wilder songea tout d’abord à confier la co-rédaction du scénario à Cain lui-même. Mais il était sous contrat avec la Twentieth Century Fox, une autre société de production que celle pour laquelle Wilder tournait, la Paramount. Un responsable de celle-ci attira son attention sur les romans policiers de Raymond Chandler, dont le brio l’éblouit immédiatement. Les rapports entre les deux hommes furent cependant d’emblée exécrables. Chandler, qui n’avait aucune expérience du cinéma, produisit en quelques jours un scénario rempli d’indications de mouvements de caméra. Après lui avoir expliqué que ce n’était pas ce qu’on attendait de lui, Wilder dut lui faire accepter l’idée de travailler en tête-à-tête avec lui dans un bureau durant plusieurs mois.
Leur cohabitation obligée fut un cauchemar pour les deux hommes. La fumée de la pipe de Chandler et sa manie de garder les fenêtres fermées indisposaient Wilder, qui se réfugiait régulièrement dans les toilettes pour échapper à l’atmosphère claustrophobique de la pièce. Wilder, de son côté, exaspérait Chandler pas ses manières brusques et sa façon de déambuler une badine à la main. L’habitude du cinéaste de boire de l’alcool à partir du milieu de l’après-midi et les multiples coups de téléphone de jeunes femmes qu’il n’arrêtait pas de recevoir offensaient et frustraient l’écrivain, alcoolique qui s’efforçait à l’abstinence, marié avec une femme beaucoup plus âgée que lui et de santé fragile. Les deux hommes parvinrent cependant à surmonter leur antipathie mutuelle et le produit de leur interaction est un modèle du genre. Grâce à leur imagination et leur astuce, ils déjouèrent les censeurs d’Hollywood qui, en vertu des dispositions du code Hays, avaient longtemps énergiquement refusé toute idée de porter à l’écran le roman de Cain, jugé d’une totale immoralité.
Plusieurs grandes figures masculines d’Hollywood ayant décliné le rôle de Neff, le réalisateur fit le choix contre-intuitif de solliciter un acteur spécialisé dans les comédies légères, Fred MacMurray. Réticent à la perspective d’incarner un assassin, avec le risque de ruiner sa carrière, il finit par se laisser convaincre. Il pensait toutefois que la Paramount n’allait jamais le laisser interpréter un rôle aussi éloigné de ceux qui avaient valu à la compagnie de nombreux succès et d’abondantes rentrées. Mais il était en litige avec ses dirigeants au sujet de son contrat et ceux-ci, croyant le punir pour ses demandes financières exagérées, l’autorisèrent à accepter la proposition. C’est exactement le contraire qui arriva : avec Assurance sur la mort, Wilder lui offrit le meilleur rôle de sa vie.
Incarnée par Barbara Stanwyck, Phyllis Dietrichson est un des personnages de femme fatale les plus mémorables de l’histoire du cinéma. Billy Wilder voulait son apparence aussi vulgaire que possible, et à cette fin fit porter à l’actrice une perruque d’un blond quasiment blanc, ce qu’il regretta par la suite. Mais elle était une professionnelle accomplie et sa prestation dans ce rôle est exceptionnelle. Son dialogue de séduction avec MacMurray au début du film est un grand moment de cinéma. L’expression de plaisir mauvais, puis de soulagement, des traits de Phyllis filmés en gros plan lorsque Walter Neff, caché et invisible pour le spectateur, brise la nuque de son mari dans la voiture où ils ont pris place est inoubliable, tout comme celle – surprise, terreur, désir, rage et chagrin mêlés – de son visage se détachant de l’obscurité lorsque Neff, qu’on ne voit que de dos, lui tire une balle dans le ventre alors qu’elle s’est approchée de lui au point de le toucher.
Bien que son personnage ne fût que le troisième par ordre d’importance, Edward G. Robinson, qui était une star à l’époque, accepta volontiers le rôle de Keyes, très différent des figures de durs et de gangsters auxquelles son image était associée, parce qu’il lui plaisait et qu’il était payé à la même hauteur que MacMurray et Stanwyck (100 000 dollars) pour une présence à l’écran moins astreignante. Toujours occupé à tâter ses poches à la recherche d’allumettes pour rallumer son éternel cigare éteint, Keyes finit invariablement par se faire offrir du feu par Neff en un geste d’affection spontanée que la dernière scène inverse de façon émouvante. Sa silhouette trapue, sa nervosité, sa perspicacité, sa lucidité sans illusions, sa verve sarcastique – la tirade au sujet des multiples formes de suicide est un morceau d’anthologie – font penser à Billy Wilder, qui a sans doute mis de lui-même dans le personnage.
Alain Silver et James Ursini donnent de nombreuses précisions sur les différents états du scénario et les conditions du tournage, dont la plus grande partie s’est déroulée dans les studios de la Paramount ; quelques scènes seulement ont été filmées dans les rues de Los Angeles. Ils corrigent un mythe à son sujet propagé par Wilder lui-même. Lorsque Walter et Phyllis, après avoir déposé le corps du mari sur les voies de chemin de fer, reprennent la voiture dans laquelle ils l’ont transporté, le véhicule refuse de démarrer. La panique s’empare d’eux et, après de vains efforts de Phyllis, qui conduit, Walter saisit la clé et parvient à lancer le moteur. Cette scène est un des moments de suspense les plus intenses du film avec celle de la visite impromptue de Keyes dans l’appartement de Neff, où Phyllis se trouve avec lui, et celle de la rencontre de Neff, dans le bureau de Keyes, avec un homme qui l’a aperçu sur le train alors qu’il feignait d’être Mr Dietrichson sur le point de tomber de la plateforme. Wilder prétendit en avoir eu l’idée après avoir été victime d’un incident semblable et avoir fait tourner à nouveau la scène, ce qui est une pure invention : la scène était prévue comme telle dans le scénario.
Silver et Ursini évoquent aussi la question un peu embrouillée de la scène finale. Le scénario écrit par Billy Wilder et Raymond Chandler prévoyait deux fins possibles : celle que nous connaissons et une autre montrant l’exécution de Walter Neff dans la chambre à gaz d’une prison en présence de Barton Keyes. Cette fin alternative fut même tournée, pour un coût présenté à tort par certains comme faramineux – il était en réalité très raisonnable. À quel moment Wilder se rendit-il compte que cet épisode n’était pas nécessaire et que le film gagnait en puissance dramatique et émotionnelle en s’achevant sur l’ultime rencontre de Neff et Keyes ? On l’ignore.
Un ingrédient important de la réussite du film est le travail du chef opérateur John F. Seitz. Wilder avait déjà fait appel à ses services pour un de ses premiers films, Les Cinq Secrets du désert. Il le sollicitera à nouveau par la suite pour Le Poison et Boulevard du crépuscule. Bien qu’il fût très influencé par le cinéma expressionniste allemand de l’entre-deux-guerres, Wilder l’appréciait pour son réalisme. Le travail qu’il a effectué pour Assurance sur la mort a largement contribué à définir l’esthétique du film noir. Dans les nombreux plans d’intérieur comme les quelques plans extérieurs du film, souvent des plans de nuit, Seitz fait un usage très élaboré des contrastes entre ombres et lumière. Son emploi des stores vénitiens pour créer une atmosphère inquiétante a été imité à d’innombrables reprises.
Dans les dernières pages du livre, Alain Silver et James Ursini situent Assurance sur la mort dans l’histoire du film noir. Ils rappellent la double origine de celui-ci, littéraire et cinématographique, avec, d’un côté les films de Fritz Lang et F. W. Murnau, de l’autre les premiers films américains de gangsters. Puis ils évoquent son âge classique, illustré par des réalisations comme Le Grand Sommeil d’Howard Hawks, avec Humphrey Bogart, ou La Griffe du passé de Jacques Tourneur, avec Robert Mitchum. On considère généralement qu’il s’achève en 1955 avec En quatrième vitesse de Robert Aldrich, d’après un roman de Mickey Spillane. Au sein de ce riche ensemble et dans le florilège des meilleurs films du XXe siècle, Assurance sur la mort occupe une place de premier plan. Billy Wilder a un jour affirmé que de tous ses films c’était son favori, parce que, disait-il avec sans doute un peu de fausse modestie, c’était celui qu’il avait réalisé en commettant le moins d’erreurs.
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Depuis le temps qu’on proclame le roman mourant, celui-ci devrait bien être aujourd’hui à l’agonie. Pas du tout, affirme l’éditeur américain Gerald Howard dans le New York Times : « La littérature romanesque ne permet à personne de se nourrir et de s’habiller, quelques ultra-chanceux mis à part ; mais elle est tout aussi immortelle que les autres productions culturelles humaines. » On a beau lire partout « qu’elle est non seulement dans la panade mais carrément menacée d’extinction à cause, au choix, du déclin de la capacité d’attention, de la disparition du public suffisamment cultivé pour la comprendre et l’apprécier, ou de l’imminence d’un déferlement technologique (cf. les romans écrits par l’IA) ». Mais la réalité « c’est que le roman a survécu aux méga librairies, à la concentration des maisons d’édition des années 1970, à l’hégémonie du bestseller… Si ce n’est plus qu’un cadavre, voilà un cadavre encore superbement agité. » Pour Gerald Howard, la preuve de la vitalité du (grand) roman ce sont les miraculeuses naissances ou résurrections d’œuvres telles que Moby Dick, les sagas de Faulkner, Lolita ou les écrits « contre -culturels » de Jack Kerouac. Parus dans de mauvaises conditions aux mauvais moments, parfois tués dans l’œuf par des éditeurs incompétents ou des critiques malavisés, les meilleurs textes remontent inéluctablement à la surface « comme la crème sur le lait » postule Gerald Howard. Essentiellement parce qu’il existe des guetteurs comme le très oublié Malcolm Cowley, un écrivain-critique-éditeur auquel il consacre une véritable élégie et qu’il considère comme le pilier de la littérature américaine du XXe siècle car il a mis le pied à l’étrier de Kerouac, Faulkner et bien d’autres encore. Quant aux lecteurs américains, ils seraient toujours aussi épris de qualité littéraire, à en juger par les queues devant la librairie chic de Cap Cod où Gerald Howard réside l’été…
À l’opposé, Sean Thomas soutient dans The Spectator qu’aujourd’hui la fiction littéraire est déjà quasiment morte (tout comme la poésie) – mais que ce décès qui est en fait un suicide est un bienfait. Les nouveaux romanciers ont en effet scié la branche sur laquelle ils étaient assis, celle du récit pourvu d’un puissant « arc narratif » qui emporte le lecteur dans le rêve. Ils ont opté pour l’inlassable exploration de leur moi dans « des ouvrages chics écrits pour un ghetto chic, sans considération pour les vrais goûts des gens » (les compositeurs actuels commettraient la même erreur fatale en sacrifiant la mélodie, « le narratif de la musique »). Or la passion des histoires est ancrée dans la psyché humaine – la vie elle-même n’est-elle pas un récit avec un début et une fin et des péripéties dans l’intervalle ? Jadis tous se blottissaient autour du feu pour écouter, transis d’émotions, des récits de chasse au mammouth ou d’exploits légendaires. Plus tard, les hommes et de plus en plus les femmes allaient vibrer, craindre, se lamenter au rythme des prouesses ou des amours de leurs semblables. Aujourd’hui, voici qu’on leur préfère les récits peuplés de vampires ou de magiciens. Mais ce n’est pas la coupe qui compte, c’est l’ivresse qu’elle garantit par l’histoire qu’elle contient.
[post_title] => Le roman est-il mort, bien vivant, ou en état de suicide avancé ?
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« Sous la toge des juges allemands... se cachait le poignard des assassins. » Ainsi s’ouvre le livre Bajo las togas avec le verdict rendu en 1947 au procès de Nuremberg. L’Espagnol Carlos Castresana est un avocat fiscaliste devenu procureur. Réputé pour son combat contre la corruption et sa défense des droits humains, il a notamment joué un rôle clé dans le procès des anciens dictateurs Pinochet (Chili) et Videla (Argentine).
« Le genre des récits judiciaires n’a pas de tradition en Espagne, mais en France et dans les pays anglo-saxons, il compte de nombreux adeptes qui dévorent l’histoire des grands procès, surtout lorsque la cause est exposée en détail et quand sont analysées les raisons pour lesquelles tant d’innocents ont été condamnés », explique-t-il au journal espagnol La Vanguardia.
Structuré en vingt-cinq chapitres, l’ouvrage retrace autant de cas emblématiques où la justice, dans différents pays, s’est transformée en instrument d’injustice. Ainsi en France les affaires Martin Guerre au XVIe siècle et Calas au XVIIIe, en Espagne le drame de Mariana Pineda – condamnée à mort en 1831pour avoir brodé une devise libérale sur un drapeau –, en Irlande les « interrogatoires spéciaux » subis par des prisonniers de l’IRA dans les années 1970. Chaque exposé met en lumière la tragédie personnelle d’innocents condamnés. « Ce n’est pas un ouvrage juridique, mais des récits fondés sur des faits », souligne Castresana.
Il cherche à impliquer le lecteur, le plaçant parfois face à un dilemme moral similaire à celui vécu par les juges ou jurés d’autrefois. Cette interactivité, presque ludique, invite à une réflexion critique sur les mécanismes de la justice et ses failles récurrentes. L’auteur met en évidence la répétition des mêmes erreurs à travers époques et cultures. Il montre aussi que de Voltaire à Kafka, en passant par Dumas, « la littérature a souvent été plus efficace que les tribunaux pour dénoncer les abus et éveiller les consciences ». Et aujourd’hui, qu’est-ce qui se cache sous la toge des juges ? demande pour finir le journaliste de La Vanguardia. Réponse de Castresana : « les citoyens se méfient de leurs tribunaux car ils les perçoivent comme des institutions peu efficaces, manquant de transparence et influencées par le pouvoir politique, économique et médiatique ». En Espagne, le code de procédure pénale date encore du XIXe siècle.
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Il est l’un des pontes de la recherche en intelligence artificielle chez Google et a des choses à nous dire non seulement sur l’IA, c’est bien le moins, mais sur l’intelligence en général et son lien avec le monde vivant. Aux côtés de son livre What Is Intelligence?, il vient d’ailleurs de publier simultanément What Is Life?, ce qui en dit long sur son ambition. Pour comprendre ce tour de force, on peut lire avec profit le long article qu’il a publié dans Nature pour expliciter son propos, intitulé modestement « Le passé, le présent et le futur de l’intelligence ».
Il commence par admettre s’être complètement trompé, quand il jugeait naïf, voici seulement dix ans, d’imaginer que les progrès de l’IA, auxquels il contribuait, pourraient déboucher sur une véritable capacité de « penser […], de comprendre de nouveaux concepts, de rédiger des blagues, de débuguer un code […], de résoudre des problèmes technologiques, sociaux et scientifiques […], de répondre de manière fluide, intelligente, responsable et exacte à toutes sortes de questions ésotériques devant lesquelles les humains restent sans réponse ».
Mais maintenant nous y sommes. Comment l’expliquer ? En réfléchissant au sens de l’évolution biologique. La théorie darwinienne de la sélection privilégiant les mutations qui accroissent le mieux les chances de reproduction dans un environnement changeant ne suffit pas, car elle ne peut rendre compte de la complexité croissante du monde vivant, depuis les premières bactéries jusqu’au cerveau humain, a fortiori aux produits engendrés par la collectivité des cerveaux humains. Le phénomène fondamental négligé par Darwin et ses successeurs est la « symbiogénèse », le fait que deux espèces puissent innover en s’associant, comme des bactéries dans le système digestif d’un animal ou plusieurs cerveaux d’une même espèce, comme chez la fourmi. Et si l’IA a percé de manière aussi fulgurante, c’est en réalité qu’elle emprunte à la nature vivante un caractère qu’on lui a trop souvent dénié : celui de fonctionner en calculant – en consacrant l’essentiel de son énergie à calculer ses chances de survie, autrement dit à prédire la prochaine étape, comme le fait un ordinateur ou le grand modèle de langage sur lequel repose l’IA. Il est bien sûr impossible de rendre en si peu de mots l’essence d’une pensée aussi englobante, mais il est clair que la conception de Blaise Aguëra y Arcas épuisera des neurones et fera couler de l’encre. Pour une première approche, outre l’article de Nature, on peut lire un joli morceau de bravoure rédigé par le neuroscientifique américain Patrick House, auteur d’un livre récent sur la conscience. Dans la Los Angeles Review of Books, il se demande si la faculté qu’a l’oiseau-lyre australien de se cacher, celle, à l’inverse, du perroquet néozélandais kéa, qui tient surtout à se montrer en manifestant une curiosité débordante, ne pourraient pas indiquer des manifestations de l’intelligences difficilement réductibles à une approche strictement computationnelle.
[post_title] => Et si l’intelligence artificielle était, en réalité, naturelle ?
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Il est aussi surprenant qu’émouvant de voir un auteur de bestsellers pour jeunes adultes publier un livre sur la tuberculose. L’auteur de Nos étoiles contraires, entre autres romans à succès, a trouvé sa motivation en se rendant au Sierra Leone dans le cadre d’une mission philanthropique. Là il a rencontré dans un hôpital un adolescent atteint d’une forme de tuberculose résistante aux antibiotiques – le personnage autour duquel il construit son livre.
Vu le BCG et les conditions d’hygiène dont bénéficie la grande majorité des habitants des pays développés, nous avons tendance à penser que le fléau de la tuberculose appartient au passé. C’est tout à fait faux. Elle est la maladie infectieuse qui provoque le plus de décès dans le monde. Près d’un siècle et demi après la découverte du bacille par l’Allemand Koch, nous ne disposons toujours pas d’un vaccin efficace pour les adultes et le traitement par antibiotiques dure des mois et peut se révéler très toxique. La maladie affecte surtout les pays pauvres, mais est présente aussi dans les prisons et les taudis des pays riches. « La tuberculose ne coule pas seulement dans les méandres du fleuve de l’injustice, écrit Green, elle le creuse. » Les compagnies pharmaceutiques portent leur part de responsabilité, écrit la neurologue Pria Anand dans la New York Review of Books, car « elles rendent les remèdes contre les souches résistantes inaccessibles là où le besoin s’en fait le plus sentir ». Elle salue la qualité d’un livre montrant qu’un non spécialiste peut rendre compte avec exactitude et efficacité de la complexité d’un problème d’actualité.
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