Tué pour un roman

Le journaliste éthiopien Baalu Girma a disparu en 1984, sans doute assassiné par le régime du dictateur socialiste Mengistu Haile Mariam. Et pour cause. L’année précédente, il avait publié en amharique un roman que la censure avait laissé passer avant de comprendre son erreur et de le pilonner. Girma était un journaliste réputé dans son pays. Longtemps acquis à la cause de la révolution, séduit par le talent oratoire de Mengistu, il occupait une position en vue au ministère de l’Intérieur quand il fut envoyé sur le front de la guerre contre l’Érythrée pour mettre son talent au service de la propagande. La brutale confrontation avec le réel le bouleversa et il transposa son expérience dans ce roman qui fut aussitôt un best-seller. Il fut même lu avidement par les militaires érythréens, ceux du moins qui savaient l’amharique. Il mêle avec talent récits de guerre, amour et espionnage, tout en faisant une critique impitoyable de l’appareil de propagande et de l’illusionnisme du régime de Mengistu, rapporte Estelle Shirbon dans le Times Literary Supplement. Il aura fallu attendre plus de quarante ans pour voir ce roman exceptionnel traduit dans une langue lisible par des non Africains. 

LE LIVRE
LE LIVRE

Oromay de Baalu Girma, MacLehose Press, 2025

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