Voyage au cœur des passions nigérianes
Publié dans le magazine Books n° 123, janvier-février. Par David Frum.
Enquêtant sur place, un Canadien décrit les obstacles qui risquent de venir contrecarrer le projet d’un grand musée moderne destiné à accueillir les « bronzes du Bénin ». Dans un Nigeria quelque peu chaotique, où l’éclairage même fait parfois défaut, de sombres querelles font planer un doute sur le bien-fondé de l’entreprise. L’occasion de poser des questions qui dérangent.
Pour le peuple de l’ancien royaume du Bénin, la mise à sac de Benin City a eu un impact aussi traumatique que si une armée avait envahi Londres, brûlé le palais de Buckingham ainsi que l’abbaye de Westminster, et volé le contenu de la National Gallery et des Archives nationales. Les obas [rois] du Bénin avaient autrefois régné sur un empire s’étendant sur des centaines de kilomètres à l’ouest du fleuve Niger, jusqu’à l’actuelle Lagos. Mais le Bénin ne connaissait pas d’autre système d’écriture que les histoires coulées dans le laiton ou sculptées dans l’ivoire.
Ces œuvres d’art représentaient la culture du royaume, sa richesse, sa littérature, sa mémoire. Et puis on a pillé cet héritage, ne laissant que des cendres là où palais et temples se dressaient depuis des siècles. Ce qui restait du royaume du Bénin a ensuite été annexé par la Grande-Bretagne, qui, en 1914, avait fusionné toutes ses possessions des alentours du fleuve Niger au sein...